Après Bruxelles et la Flandre, l'opérateur privé PPP veut s'attaquer au marché wallon de la distribution presse

Le marché de la distribution de journaux et de magazines aux abonnés a connu de profonds bouleversements ces dernières années. La fin de la concession presse de l'opérateur postal public bpost a rebattu les cartes. Au profit d'acteurs privés qui ont noué des accords de distribution avec les éditeurs, tant au nord qu'au sud du pays.

Le groupe PPP, qui emploie 35 personnes et s'appuie sur un réseau de 2 000 indépendants pour distribuer les contenus print, a ainsi tissé sa toile. Créée en 1992, la société – au départ un petit distributeur local qui a accéléré son développement à partir de 2015 suite à une opération de rachat par ses cadres – occupe aujourd'hui une part de marché de 100 % à Bruxelles et de 40 % en Flandre. Prochain objectif : s'implanter en Wallonie, où le distributeur n'est à ce jour pas présent. "L'an dernier, nous avons réalisé un chiffre d'affaires de 36 millions d'euros contre 26 millions un an plus tôt, avec une rentabilité avant impôts de 8 %. Nous avions une petite marge stable jusqu'en 2023 et puis nous avons commencé à nous développer dans de nouvelles zones, ce qui a eu un effet positif sur notre chiffre d'affaires et nos marges", nous a expliqué Michel d'Alessandro, patron de PPP.

Discussions avec des éditeurs francophones

D'abord principalement actif dans les grandes villes comme Bruxelles, Anvers et Gand, PPP a progressivement repris plusieurs zones plus rurales en Flandre-Orientale, dans le Brabant flamand et en Flandre-Occidentale, auparavant prises en charge par bpost. En passant de trois à dix zones, PPP a ainsi, en l'espace d'une année, quadrupler son chiffre d'affaires sur le marché belge.

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Si, suite à la fin de la concession bpost, les marchés bruxellois et néerlandophones de la distribution presse ont été privatisés, ce n'est pas encore le cas en Wallonie. Le transfert vers des opérateurs privés va intervenir entre ce mois de septembre et Pâques de l'année prochaine. "Nous sommes en discussion avec plusieurs éditeurs francophones et notre objectif est d'atteindre une part de marché de 25 % à la fin de l'année prochaine", ajoute encore Michel d'Alessandro.

"Il faut savoir que se lancer dans une nouvelle zone nécessite deux mois de préparation car il faut cartographier les lieux, préparer les équipes, les tournées..."

PPP avait, en réalité, déjà eu l'occasion de faire des premiers pas en Wallonie, plus précisément dans le Brabant wallon. Mais l'expérience avait été assez chaotique pour les abonnés des éditeurs concernés. "Nous avions été contactés en juin dernier par IPM (La Libre, DH…) et Rossel (Le Soir, Sud Presse…) qui nous avaient demandé de prendre le relais d'un petit distributeur. Nous ne voulions pas laisser tomber les éditeurs francophones mais nous avions eu alors seulement deux semaines pour faire la transition. Il faut savoir que se lancer dans une nouvelle zone nécessite deux mois de préparation car il faut cartographier les lieux, préparer les équipes, les tournées….", se justifie le patron de PPP.

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Michel d'Alessandro, CEO de PPP. ©D.R.

Pas de crainte de la fin de la presse papier

Avec le marché wallon encore à explorer, PPP estime donc qu'il y a encore un fort potentiel de croissance sur le marché belge. D'autant que l'opérateur privé entend aussi s'attaquer au segment de la distribution vers les points "retail" – notamment les librairies ou les supermarchés – occupé par les AMP, filiale de bpost.

Régulièrement annoncée par certains observateurs, la fin de la presse papier au profit des abonnements digitaux ne constitue-t-elle toutefois pas une menace majeure pour le secteur ? "Nous adoptons une attitude très pragmatique en la matière. Tous les éditeurs nous disent que c'est la presse papier qui permet encore de payer les salaires à la fin du mois, pas les abonnements digitaux. Et les éditeurs se focalisent de plus en plus sur un modèle d'abonnement hybride, avec un abonnement digital en semaine et papier le vendredi ou le week-end, quand les gens ont davantage de temps libre", répond le CEO de PPP. Pour ce dernier, il y aura donc toujours, à moyen terme, un volume important de presse à distribuer.

"Notre ambition est de distribuer des colis partout où nous disposons d'une infrastructure, des entrepôts et du personnel pour assurer une distribution presse."

Outre la distribution de la presse écrite, PPP – à l'instar de bpost, même si ce n'est pas dans la même proportion – entend encore explorer le marché en pleine croissance des colis liés au commerce électronique. L'entreprise livre, en effet, depuis environ deux mois un millier de commandes par jour à Anvers et environs, dans le cadre d'un projet pilote réussi pour Cainiao, la société mère d'Alibaba. Une collaboration qui a créé 25 emplois et va être étendue à l'avenir. Une offre de service élargie qui a amené PPP à modifier son slogan, passant de "Press, Periodicals & Publicity" à "Press, Periodicals & Parcels". "Notre ambition est de distribuer des colis partout où nous disposons d'une infrastructure, des entrepôts et du personnel pour assurer une distribution presse", explique Michel d'Alessandro, ajoutant sa volonté de prospecter d'autres clients qu'Alibaba.

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Présence dans les pays nordiques

Mais si cette diversification permet de compenser le recul structurel des volumes de presse destinés aux abonnés, pas question pour PPP de changer fondamentalement de métier. "La distribution de colis ne représentera jamais l'activité principale de notre groupe", dit-il encore.

Précisons enfin que PPP, également présent en France et en Finlande, entend poursuivre à l'avenir son développement à l'international. Une quatrième acquisition en Finlande, où la distribution du courrier est libéralisée, est dans les cartons. De même que le rachat d'une société dans un autre pays nordique, donc en Norvège ou en Suède.

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