"Apparemment, l'État a trop d'argent" : à Woluwe-Saint-Pierre, l'occupation d'un bâtiment public par l'asbl Rockin'Squat alimente les tensions
Les tensions ne semblent pas faiblir aux abords du 158 de l'avenue de Tervueren, à Woluwe-Saint-Pierre. Depuis plus d'un an, des riverains dénoncent les nuisances à répétition causées par l'occupation d'un vaste bâtiment appartenant au Service fédéral des Pensions.
Délaissé par l'administration depuis 2021, l'immeuble fait l'objet d'une convention d'occupation précaire conclue en 2024 avec le collectif "Rockin'Squat", qui y loge une centaine de personnes, dont des migrants et des personnes précarisées.
Le dossier s'est invité ce mardi en Commission Pensions de la Chambre. Alexia Bertrand, cheffe de groupe Anders, a vivement interpellé le ministre de tutelle, Jan Jambon (N-VA). Pour l'ancienne secrétaire d'État au Budget, le cas est "symptomatique d'une administration inefficace et pléthorique". "Apparemment, l'Etat a trop d'argent", a-t-elle ajoutée, puisque l'administration est capable de renoncer à des revenus locatifs substantiels au moment où le gouvernement recherche 10 milliards d'euros d'économies. La députée chiffre à près de 600 000 euros par an le manque à gagner pour le SFP lié à la non-location de cet actif situé à deux pas du square Montgomery, et dont la valeur foncière est très élevée. "C'est du surréalisme à la belge", s'est insurgée l'élue, issue de Woluwe-Saint-Pierre.

"Éviter les taxes sur les immeubles inoccupés"
Dans sa réplique, le ministre Jan Jambon (N-VA) a d'emblée recadré l'estimation financière, la qualifiant de purement théorique. Jan Jambon rappelle que l'immeuble, très dégradé, nécessiterait de lourds investissements préalables que l'administration a refusé d'engager faute de certitude quant à la rentabilité de l'opération. Il met en avant une logique d'arbitrage fiscal : "L'occupation temporaire évite que le bâtiment soit considéré comme vacant. On s'épargne ainsi les taxes régionales et communales sur les immeubles inoccupés."
La convention — renouvelée cet été jusqu'au 15 juillet 2027 — permet en effet au collectif de loger ses occupants à titre gratuit, tout en bénéficiant d'un subside de la Cocom d'environ 140 000 euros pour couvrir les charges (eau, gaz, électricité), précise Naël Daibes, membre de Rockin'Squat. Le SPF étudie les différentes options de vente ou de réaffectation et prendra une décision dans les prochains mois.
Basse-cour et griefs de voisinage
Sur le terrain, l'exaspération reste vive.
Dans la DH, le bourgmestre Benoît Cerexhe (Les Engagés) a dénoncé des nuisances qui perturbent la quiétude du quartier en raison "d'activités qui dépassent l'hébergement".
https://www.dhnet.be/regions/bruxelles/2026/09/03/a-woluwe-80-personnes-dorment-depuis-deux-ans-dans-un-batiment-du-spf-pensions-les-voisins-nen-peuvent-plus-tonnent-les-autorites-MTVKD2ZQA5AXLLNOHGOHCE46ZE/"Sur place, c'est un cirque pas possible", peste Marie Wyatt, coordinatrice du comité de riverains. Si les grandes soirées bruyantes dans les garages ont pris fin sous la pression de la police et des pompiers début 2026, le voisinage fait désormais face à des désagréments d'un autre type : "Le jardin est devenu un élevage de poules, de dindons et de coquelets qui chantent à n'importe quelle heure."
Le comité de quartier se défend de tout rejet de principe des publics vulnérables. "Jamais les riverains n'ont demandé que des personnes sans abri soient mises à la rue. On nous fait passer pour les méchants riches de l'avenue de Tervueren, c'est faux. Ce ne sont pas les sans-papiers qui nous dérangent, mais des personnes extérieures au bâtiment, qui tournent autour des milieux d'extrême gauche", assure Marie Wyatt.
Le comité réclame un filtrage des accès et le transfert de la gestion du site à des structures agréées comme L'Ilot ou Doucheflux.
Elle souligne également que "certains résidents sont salariés, pourraient payer un loyer, mais ont choisi de mener une vie communautaire" et s'inquiète des visées idéologiques d'une asbl comme Rockin'Squat.
Dans ses statuts, Rockin'Squat dit ainsi avoir pour but la mise en œuvre de "la déconstruction des structures de pouvoir, d'oppression, d'exploitation et d'assimilation imposées par les systèmes dominants".
guillement"Cette basse-cour a une vocation pédagogique pour la trentaine d'enfants qui vivent ici. La police a vérifié que le bruit respectait les normes. On nous cherche la petite bête alors que l'occupation se passe bien."
Face à ces attaques, Rockin'Squat oppose une tout autre lecture. "L'immense majorité des occupants sont des personnes en grande précarité", répond Naël Daibes, qui dénonce une campagne menée par une frange très minoritaire de voisins et déplore que les politiques, dont le bourgmestre Benoît Cerexhe, "instrumentalisent" ces plaintes. "Nous avons stoppé les concerts qui avaient lieu dans le jardin depuis des mois. Quant au jardin, cette basse-cour a une vocation pédagogique pour la trentaine d'enfants qui vivent ici. La police a vérifié que le bruit respectait les normes. On nous cherche la petite bête alors que l'occupation se passe bien."
Entre pragmatisme budgétaire de l'État, tranquillité résidentielle et militantisme social, le 158 avenue de Tervueren n'a pas fini d'incarner le casse-tête de la gestion immobilière publique à Bruxelles.
80 migrants bientôt relogés avenue de Tervueren, à Woluwe-Saint-Pierre: "Je crains un tollé dans le quartier" avertit Benoît CerexhePour accéder à cet article, veuillez vous connecter au réseau internet.