App Store : des dizaines d'applications paravents cachent des casinos clandestins au Brésil
Une enquête menée par 9to5Mac met en lumière une faille béante dans le processus de validation de l'App Store. Des dizaines d'applications se font passer pour de simples jeux ou utilitaires pour mieux dissimuler des plateformes de paris en ligne. Explications.
En naviguant dans les classements de l'App Store brésilien (que ce soit dans les catégories Navigation, Voyage ou Météo), les utilisateurs ont vu fleurir une multitude de jeux bas de gamme. Leur point commun ? Des icônes d'animaux manifestement générées par intelligence artificielle et une finalité bien différente de ce qui est promis.
Le masque tombe sous IP brésilienne
Ces logiciels utilisent la technique de l'application « coquille » ou paravent. Concrètement, si vous ouvrez l'une de ces 60 applications débusquées par 9to5Mac depuis la France ou n'importe où ailleurs dans le monde, elles se comportent exactement comme le promettent leurs captures d'écran. Mais si la connexion provient d'une adresse IP brésilienne, le masque tombe : l'application affiche alors une plateforme de paris en ligne. Le stratagème est tellement rodé que l'une d'entre elles s'est même hissée récemment au sommet de la catégorie Météo au Brésil.
Le mode opératoire sent la production industrielle à plein nez. La plupart de ces applications sont publiées par des comptes développeurs à usage unique, dont les noms renvoient souvent vers le Vietnam ou d'autres pays d'Asie plutôt que vers l'Amérique du Sud. Les similitudes ne s'arrêtent pas là : les politiques de confidentialité sont bien souvent des copiés-collés, le suivi des mises à jour est inexistant, et l'archive pèse invariablement autour des 15 Mo.
Du code généré à la chaîne pour tromper la validation
En creusant un peu, 9to5Mac a mis la main sur un dépôt GitHub public détaillant toute la machination. On y trouve des instructions destinées à un agent Cursor (un outil de développement assisté par IA) pour générer à la volée ces applications écrans.
Le cahier des charges est précis et pensé pour la rentabilité :
- Concevoir trois à cinq interfaces visibles autour d'un concept simpliste.
- Utiliser un nom accrocheur et une icône animale (un dragon, un bœuf, un lapin, un rat ou un tigre).
- Intégrer un système de routage contrôlé à distance pour basculer en un clin d'œil de l'application locale vers une vue web intégrée menant à la plateforme de jeux d'argent.
Pour tromper la vigilance des équipes de validation d'Apple, le code généré intègre des variables uniques pour le démarrage et la configuration à distance. L'objectif est clair : brouiller les pistes pour s'assurer que chaque application ressemble, aux yeux des examinateurs, à un produit totalement distinct des autres.
L'algorithme d'Apple complice malgré lui
Ironie de l'histoire : si les équipes de l'App Store n'y voient que du feu, le système de recommandation d'Apple, lui, a parfaitement cerné le subterfuge. La section « Vous aimerez peut-être aussi » de ces applications redirige allègrement les utilisateurs vers d'autres logiciels frauduleux du même acabit, se montrant bien plus efficace pour regrouper ces casinos clandestins que pour proposer de véritables applications.
Ce jeu du chat et de la souris sur la boutique d'Apple n'est certes pas nouveau, mais cette découverte tombe au plus mal pour Cupertino. La pression s'accentue du côté des autorités brésiliennes concernant la prolifération de ces plateformes non autorisées. Il y a quelques jours à peine, le ministère de la Justice du pays a accordé un ultimatum de cinq jours ouvrables à Apple et Google pour s'expliquer. Les deux géants vont devoir détailler leurs méthodes pour détecter ces applications mutantes, vérifier l'accréditation fédérale des opérateurs et, surtout, prouver qu'ils empêchent activement les mineurs d'accéder à ces services.