L’orgueilleux Rémy Daillet déballe au tribunal son projet de renversement de l’Etat
Au tribunal correctionnel de Paris,
Tels Jeanne d’Arc, le général de Gaulle ou « François Bayrou », Rémy Daillet se rêve comme l’élu qui va sauver la France. Face au tribunal correctionnel de Paris ce mercredi, il tient une défense parfois contradictoire mais toujours assurée.
Avec ses airs de professeur dans sa chemise blanche sur son estrade d’amphi, son bloc-notes et son stylo en main, il interpelle plusieurs fois le président depuis son box par une formule digne des bancs d’écoles, le doigt sur la joue : « comme nous l’avons vu hier ».
Il n’hésite pas à donner des leçons d’histoire, à pointer les fautes d’orthographe dans les textes projetés et à citer des articles de lois pour justifier les faits qu’on lui reproche, à savoir l’organisation et le financement de l’enlèvement de Mia M, 8 ans, et la préparation d’un coup d’Etat.
Un devoir citoyen
Il soutient avoir tenu ce rôle de chef du mouvement pour renverser la République uniquement afin de rassembler des brebis égarées et potentiellement violentes pour les « réarmer moralement » et éviter qu’elles fassent « leurs conneries » dans la nature. Ainsi, il accepte comme membres autant d’anciens militaires que des professeurs de chimie ou des personnes se décrivant comme « nationales socialistes ».
Il se voit comme une sorte de coach qui adopte des théories complotistes sur le Covid-19, les vaccins, les tests PCR ou l’Etat profond aux Etats-Unis, dans l’unique but de rassembler le plus largement possible. « J’adopte une narration qui consiste à entrer en résonance avec une certaine opinion particulièrement inquiète, en coaching on dit qu’il faut mettre les pieds dans les chaussures de l’autre », prétend-il au tribunal, faisant valoir une sorte de travail social, en tout cas citoyen ou civique.
Réponse à tout… ou presque
Quand les éléments à caractère antisémites ressortent du dossier, il est mis face à plusieurs citations : « On parle des biens volés aux juifs mais à qui ils les avaient volés eux-mêmes c’est la question qu’il faut se poser… » Ou encore, « à Nuremberg, ceux qui ont été jugés n’étaient en général pas coupables des crimes. Bien moins coupables que ceux qui les accusaient ».
Rémy Daillet rétorque : « Sur Nuremberg, on se rappelle que les accusés n’ont pas eu le droit de réfuter les accusations » et insiste qu’« évidemment » il n’est pas antisémite. Des listes de personnalités juives comme Bernard Henri Levy, Jacques Attali, ou Patrick Cohen, à mettre « hors état de nuire » apparaissent pourtant plusieurs fois dans le dossier, rappelle le président. Rémy Daillet affirme parler d’une « nuisance politique » et non d’une violence physique.
Quand il est mis vraiment en difficulté, le prévenu, en détention provisoire, pointe un « retriturage de texte » estimant ne pas être l’auteur de certains propos. Plusieurs fois, il se défausse en se cachant derrière une adresse mail « France Royale » qui aurait été utilisée par plusieurs personnes – dont lui –, mais qu’il refuse de nommer. Ce qui lui permet de jouer la carte du « c’est peut-être moi, ce n’est peut-être pas moi ». « C’est pratique », relève le président.
Un justicier incompris
Placé face à l’évidence, il a réponse à tout mais montre des contradictions dans son discours. Quand son plan de « renversement » est évoqué, il ne nie rien. Il ne se décrit alors plus comme coach, mais comme l’« autorité morale » dotée d’un droit de veto, et légitime tout par un discours construit mais parfois nébuleux. Pour lui, la loi « prévoit ce droit à l’insurrection » car « la constitution renvoie à une notion de peuple souverain ». « Tout ça, c’est cohérent », assume-t-il, donnant même l’exemple du Général de Gaulle qui a réussi à « prendre le pouvoir par des biais intellectuels ».
L’organigramme était bien rodé, divisé en une branche militaire et une branche politique, et contenait un bureau politique international, un pool d’avocats, un État-major. Rémy Daillet, que certains du mouvement qualifient de « pervers narcissique », se proposait naturellement comme le prochain roi, intronisé par ses « prêtes à [lui], pas les faux de Vatican II ». Il est armé d’un programme et de la volonté du peuple revendiquant quelque 20.000 à 30.000 sympathisants à son projet. Une mission également religieuse pour « qu’il y ait un retour d’une vocation chrétienne de la France ».
Et pour passer à l’action, Rémy Daillet prévoit « l’entraînement et l’ajustement des troupes » par le « sauvetage des enfants » placés « abusivement » par le juge. Ou, le kidnapping d’enfants. « Quelle est votre légitimité à faire cette appréciation ? », se demande justement le président qui rappelle que la petite Mia M. était placée chez sa grand-mère et non en foyer. Sur ce cas précis, le cerveau du mouvement concède avoir eu des positions en 2021 qui, « aujourd’hui, semblent limites ». Mais globalement, « je suis un citoyen », répond encore celui qui se voit comme un justicier s’élançant pour sauver une personne prise au piège « dans une voiture en feu ».
Une haute opinion de lui-même
Rémy Daillet avait même tout revendiqué par message auprès d’une de ses filles, âgée de 27 ans à l’époque, depuis la Malaisie : « J’ai tous mes hommes, tout ce qu’il faut, comment il a fait le général de Gaulle depuis Londres à ton avis ? On a des dizaines de milliers de personnes ».
A la question de savoir s’il se voit comme « l’homme providence », ce père de neuf enfants répond, sûr de lui et de ses capacités, qu’il peut « apporter quelque chose ». En tout cas davantage que les personnes que cet ancien élu du MoDem a fréquentées en politique pendant « quarante ans ». Quand le président lui demande s’il se présente comme dangereux, il rétorque : « Absolument pas. Je suis redoutable pour le système d’un point de vue intellectuel. »
Rémy Daillet, qui comparait avec 14 autres prévenus, est poursuivi pour association de malfaiteurs en vue de la préparation d’actes de terrorisme et complicité du délit de soustraction de mineur par ascendant. Mais pour lui, « l’ensemble de cette instruction parle du mauvais pied et un certain nombre de mots induisent le tribunal en erreur ». Présumé innocent, il encourt dix ans de prison.