Angèle : qui sont les featurings sur le nouvel album de la chanteuse ?

On avait quitté Angèle au piano, on la retrouve sur le dancefloor. Après trois ans loin des projecteurs, la chanteuse revient ce 16 octobre avec Instinct, son troisième album et le premier depuis Nonante-Cinq en 2021. Pour l'occasion, la Belge n'a pas choisi la facilité. Loin de la pop intimiste qui l'avait révélée, elle assume désormais les synthétiseurs, les kicks de boîte à rythmes et une esthétique franchement électronique. Un virage amorcé en 2024 avec la reprise de “Nightcall” aux Jeux Olympiques de Paris, puis confirmé en février dernier avec “What You Want”, signé avec Justice. De quoi dérouter une partie de son public de la première heure. Mais cette transformation est surtout une affaire de collaboration savamment choisies, comme en témoigne le casting cinq étoiles qui s'affiche en tracklist de l'album. Des héritiers de la French Touch jusqu'aux figures de la techno belge, voici les artistes qui ont accompagné le projet.

Justice

Impossible de parler de la deuxième vague French Touch sans eux. Formé au début des années 2000 par Gaspard Augé et Xavier de Rosnay, Justice explose en 2007 avec † (Cross), déflagration électro-rock portée par le single “D.A.N.C.E.” et devenue l’étendard du label Ed Banger. Suivront Audio, Video, Disco (2011), Woman (2016), dont la version live leur vaut un Grammy, puis Hyperdrama (2024), où défilent Tame Impala, Thundercat ou Miguel. Car Justice est un duo qui choisit ses collaborations avec parcimonie. La rencontre avec Angèle date de décembre 2024, après un de leurs concerts à Bruxelles : la chanteuse leur confie alors une maquette inachevée, avec pour seule consigne d’en faire ce qu’ils veulent. Résultat : “What You Want”, sorti en février dernier, avec un refrain en anglais et une pulsation club. C’est la première véritable pierre de ce virage électronique.

Soulwax

Avant de devenir une institution de la nuit européenne, Soulwax était un groupe de rock gantois, fondé en 1995 par les frères Stephen et David Dewaele. Le tournant arrive en 2002 avec As Heard on Radio Soulwax Pt. 2, compilation de mashups signée sous l’alias 2manydjs, qui fixe pour longtemps la grammaire du remix pop-électro. Depuis, les Dewaele cumulent les casquettes : remixeurs prisés, patrons du label DEEWEE, concepteurs avec James Murphy (l’homme derrière LCD Soundsystem) du sound system Despacio. Le dernier album de Soulwax, All Systems Are Lying, sorti en octobre 2025 après sept ans de silence, se présente comme un disque rock fabriqué sans guitare électrique, à coups de synthétiseurs et de batteries live. Avec “Trop”, c’est aussi une affaire belge : la pop star bruxelloise rencontre l’institution électronique de Gand.

SebastiAn

L’homme de l’ombre de la bande. Né en 1981 à Boulogne-Billancourt, Sébastien Akchoté signe chez Ed Banger en 2005 et y impose un son électronique abrasif, brutal mais taillé pour le dancefloor, qu’il prolonge sur deux albums, Total (2011) et Thirst (2019). Sa carrière s’est pourtant surtout écrite pour les autres. Il a produit pour Frank Ocean, Charlotte Gainsbourg ou Philippe Katerine, réalisé l’album OutRun de Kavinsky et composé pour les films de Romain Gavras (Le monde est à toi) et de Quentin Dupieux (Steak). Il habille aussi depuis des années les défilés Saint Laurent. Sur “Love Triangle”, il tient la production et partage l’affiche avec Caroline Polachek. C’est le chaînon qui relie Angèle à toute une généalogie, celle de Justice et de Kavinsky.

Caroline Polachek

Une figure culte de l’art-pop américaine. Née à New York en 1985, Caroline Polachek se fait d’abord connaître avec Chairlift, duo indie de Brooklyn révélé par le hit “Bruises”. En solo, elle impose avec Pang (2019) puis Desire, I Want to Turn Into You (2023) une pop à la fois expérimentale et lyrique, portée par une voix capable de passer du murmure à des envolées quasi opératiques. Proche de Charli XCX, de Christine and the Queens ou du producteur Danny L Harle, elle est devenue l’invitée que les pop stars s’arrachent dès qu’elles veulent gagner en crédit avant-gardiste. Ces dernières années, sa musique est surtout passée par les projets des autres. Sur “Love Triangle”, dévoilé fin septembre, elle alterne anglais et français aux côtés d’Angèle.

Avant son album Instinct, Angèle avait déjà commencé à se rapprocher du monde des musiques électroniques en collaborant avec des figures historiques de la french touch et de la techno belge, le temps de quelques featurings où c'était cette fois elle qui était invitée sur les projets des autres. Une remise en contexte s'impose :

Kavinsky

C’est par lui que tout a commencé. Le 11 août 2024, lors de la cérémonie de clôture des JO de Paris, Angèle reprend “Nightcall” aux côtés de Kavinsky et du groupe Phoenix. Une version studio suivra, et c’est cette prestation qui la mettra sur la route de Justice. Derrière Kavinsky, il y avait Vincent Belorgey, qui avait inventé dès 2006 un personnage de pilote zombie 80’s et posé les bases du courant musical qu’on désigne souvent sous le terme de synthwave. Coproduit avec Guy-Manuel de Homem-Christo de Daft Punk, “Nightcall” devient un phénomène mondial en figurant sur le générique d’ouverture du film Drive, qui a révélé Ryan Gosling au grand public en 2010. Kavinsky sortira ensuite les OutRun en 2013 et Reborn en 2022. Il est décédé le 28 juillet dernier, à 50 ans. Angèle a alors évoqué quelqu’un qui avait été “comme un ange” dans sa vie.

Amelie Lens

L’autre Belge de l’histoire. En une décennie, Amelie Lens est devenue l’une des têtes d’affiche mondiales de la techno, avec un son rapide et hypnotique qui fait plier les plus grands festivals. Elle dirige deux labels, EXHALE et Lenske, et pointait en 2025 à la 38e place du Top 100 DJs de DJ Mag. Dix ans après son premier EP, elle a sorti en septembre son tout premier album, AURA, avec une seule invitée : Angèle, sur le morceau “run”. Le titre, une techno nerveuse où se glisse la voix feutrée de la chanteuse, a été joué par surprise sur la grande scène du festival de Dour en juillet dernier, avant sa sortie en single le 7 août. Les deux artistes, qui se connaissaient de longue date, n’avaient encore jamais travaillé ensemble.