"Andre Agassi m'a demandé combien je mesurais" : dans une interview à l'ancienne, Dick Norman revient sur ses anecdotes les plus folles

Si depuis des années on voit Dick Norman (55 ans) dans son costume de directeur de l'European Open, il ne faut pas oublier que le natif de Waregem a connu une carrière de joueur de plus de 30 ans (1992-2013) avec comme principaux faits d'armes un huitième de finale à Wimbledon au tout début de son parcours professionnel mais aussi une finale en double à Roland-Garros et une participation au Masters dans cette discipline. Du haut de son double mètre et avant de vivre une semaine agitée, le natif de Waregem a répondu à certaines affirmations et questions concernant sa première vie.

À Wimbledon en 1995, vous avez dormi dans une pension à 40 euros la nuit ?

J'ai seulement payé 25 ou 30 euros (rires). C'était une pension avec petit-déjeuner où je logeais avec d'autres joueurs des qualifications. Quand tu commences sur le circuit, tu n'as pas beaucoup de budget. Mais c'était sympa. Le soir, certains jouaient de la guitare sur la terrasse et, de temps en temps, on buvait une bière en canette. Et j'allais à Wimbledon en métro. Aujourd'hui, cela n'existe plus les joueurs qui se déplacent de cette manière. C'était une autre époque.

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Qualifié comme lucky-loser, vous battez Pat Cash sur abandon, dans les tribunes, seule votre sœur criait ?

Ma sœur et une de ses copines. C'était mon premier match à Wimbledon. Quand je suis rentré sur le court, je me sentais tout petit, intimidé par les circonstances. Et puis, tout d'un coup, il y a eu un bruit énorme. Pat Cash arrivait avec son bandeau sur le front, toutes les filles étaient folles de lui. Je me disais merde, je vais jouer contre une vedette. C'était une légende, il avait gagné Wimbledon.

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Vous avez été ramasseur de balles sur un match de Stefan Edberg avant de le battre à Wimbledon ?

Sur une exhibition entre lui et Mats Wilander en 1988 ou 89. Quand j'avais 15 ans, avec mon entraîneur, on travaillait beaucoup avec des vidéos. On a étudié le service du Suédois. On regardait au ralenti pour comprendre comment il parvenait à faire rebondir la balle si haut. Avant notre match, j'étais convaincu que j'allais perdre en trois sets. J'avais beaucoup de respect pour lui. Mais ce jour-là, je pouvais jouer les yeux fermés, tout rentrait. Après un set, j'ai eu un peu pitié pour lui.

Dick Norman est un joueur belge de tennis né le 1er mars 1971 à Waregem.
Dick Norman, ici sur une photo de 2013, a voyagé pendant de nombreuses années sur le circuit avec sa femme, Ilse, et ses trois enfants. © Bernard Demoulin

Vous avez failli changer de raquette avant de défier Edberg ?

J'ai failli passer de Wilson à Head. La veille du match, à l'entraînement, Libor Pimek me demande ma raquette pour la tester. Je prends donc la sienne en attendant et j'envoie des missiles. Je la trouvais géniale et je voulais changer de raquette. Il m'a dit de ne pas faire cela car je jouais bien. Je suis quand même allé voir le cordeur du tournoi pour lui demander le même équilibre, la même balance et le même poids sur ma raquette.

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On vous a appelé Monsieur No ?

Avant le match contre Edberg à la BBC, ils ont donné le palmarès du Suédois. Quand ce fut mon tour, ils ont dit : 'No titles, no prize money, no finals.'

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Certains voyages furent folkloriques avec deux poussettes, trois enfants et nos bagages."

Vous avez beaucoup voyagé avec votre femme et vos enfants ?

On a commencé en 2003 avec un enfant puis on est passé à deux puis à trois. C'était formidable. À l'époque, un joueur prenait trois heures sur sa journée pour s'entraîner. Il me restait douze heures pour jouer avec mes enfants. C'était un privilège par rapport à de nombreux papas. On allait à la piscine des hôtels. Avec ma femme, on ne voulait pas avoir deux vies séparées. Certains voyages furent folkloriques avec deux poussettes, trois enfants et nos bagages en plus de mes affaires de tennis. J'attachais cinq valises à ma ceinture et je tirais le tout. Quand j'arrivais à l'aéroport, je commandais deux voitures.

Après sa victoire en double à Chennai avec Xavier Malisse, Dick Norman a arrosé Rafael Nadal de champagne.
Après sa victoire en double à Chennai avec Xavier Malisse, Dick Norman a arrosé Rafael Nadal de champagne. ©Belgaimage

André Agassi a fait un pari sur votre taille ?

Oui, à Tokyo. Lors d'une grande réception, André Agassi, que je n'avais jamais rencontré, vient droit vers moi. Il me dit bonjour et me demande combien je mesure car il venait de faire un pari avec son entraîneur.

Vous avez détenu pendant plusieurs années un record à l'ATP ?

En effet, celui du plus vieux joueur à être entré dans le top 100. Un peu avant mes 32 ans. J'ai dû persister pour atteindre cet objectif.

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Votre dernier match en carrière a été disputé avec David Goffin ?

À Rosmalen, en double, j'avais 42 ans et David 21 ou 22. Ce jour-là, de nombreuses larmes ont coulé. J'avais mes enfants pour me consoler. C'est marrant, dans quelques jours, je vais organiser ses adieux.

Vous avez aussi été le chouchou du public… mexicain ?

C'était au début de ma carrière de double, en 2009. Le simple, c'était terminé pour moi. Je participe à un Challenger au Mexique pour le double mais je m'inscris aux qualifications du simple pour m'entraîner. Le lundi, je perds au premier tour en double et mon avion était prévu le dimanche. Mais je me qualifie en simple et je me dis que si je gagne quelques matchs, cela rembourse les billets d'avion pour mes enfants. Je ne prends pas ce tournoi au sérieux. Avant le premier tour, je suis toute la journée à la piscine avec mes enfants. Je les jetais dans l'eau ainsi que des Mexicains. Je sors de là, je mets mon short, mon t-shirt et je pars jouer sans aucun échauffement. Je gagne. Au deuxième match, les enfants mexicains et leurs mamans sont dans les tribunes et m'encouragent. Je vais jusqu'en finale et j'affronte un joueur d'Amérique du Sud. Il y avait 3 000 personnes dans les tribunes et elles me supportaient sous l'impulsion du groupe des mamans. Tout le stade était pour moi. J'ai gagné et tout cela a commencé à la piscine.

Soutenu par 3 000 Mexicains à cause d'une histoire de piscine."

Vous avez battu Nadal en finale d'un tournoi ?

En double à Chennai en 2007. Je jouais avec Xavier Malisse. L'Espagnol comptait déjà deux tournois du Grand Chelem à son palmarès. J'ai eu la chance d'arroser Nadal avec du champagne. Cela n'est pas arrivé à de nombreux joueurs. Je n'aimais pas jouer contre les gauchers, mais lui non plus.

Quel est le joueur le plus fort contre qui vous avez joué ?

J'ai joué Djokovic, mais il n'avait que 18 ans. Le Serbe n'avait pas encore atteint son meilleur niveau. Le meilleur joueur que j'ai affronté, c'est Boris Becker. Je l'ai joué à Wimbledon. Je jouais bien mais je n'ai rien pu faire. Pour revenir à Novak, je n'ai pas été surpris par son parcours. Déjà à 18 ans, sur chaque balle, sur chaque séquence, il affichait une grande discipline.

C'est sur le gazon de Wimbledon que Dick Norman a connu son meilleur parcours en simple en Grand Chelem.
C'est sur le gazon de Wimbledon que Dick Norman a connu son meilleur parcours en simple en Grand Chelem. ©Belgaimage

Quel est le joueur le plus fort avec qui vous avez joué en double ?

Au niveau du talent, Xavier Malisse et Kristof Vliegen. Ils pouvaient sortir des coups incroyables, renvoyer aussi vite des services qui arrivaient à du 200 km/h. Il y a aussi mon partenaire de double, Wesley Moody. Quelle détente au filet et il sentait le jeu, c'était impressionnant. Il m'a beaucoup appris.

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Ce joueur autrichien était fou, il insultait ma femme."

Avez-vous rencontré des joueurs méchants ?

J'ai croisé un fou, l'Autrichien Daniel Koellerer. C'était le plus grand enfoiré de l'histoire de l'ATP. Le mec était taré. Il faisait tout pour ennuyer tout le monde. Quand il parlait, il te disait des trucs pour mettre le chaos. Il insultait ma femme.

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Et lequel était le plus spectaculaire ?

Gaël Monfils. Pendant les matchs, il réalisait des coups spectaculaires et jouait avec le public. Le plus beau match de ma carrière, c'était peut-être contre le Français au premier tour de Roland-Garros en 2006. Je perds en cinq sets mais j'évoluais à un très haut niveau et lui aussi. Il y avait peut-être 6 000 Belges dans le stade car les organisateurs avaient ouvert les portes des tribunes.

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Un vieil avion sans ceinture où les voyageurs fumaient."

Avez-vous connu un voyage mouvementé ?

En Ukraine, on devait voyager de Kiev à Dnipro. On marchait avec nos valises sur le tarmac de l'aéroport où on voit un avion, une pièce de musée, entre d'autres plus modernes. Il neigeait et on nous invite à monter dans ce vieux coucou. Je n'avais pas de ceinture, le tapis était dans un état lamentable et les fauteuils se rabattaient. Les voyageurs y fumaient, y téléphonaient. L'arbitre du tournoi pleurait. On devait passer les nuages, la neige et l'avion tremblait.

Un tournoi vous reste-t-il en mémoire ?

Un Challenger au Mexique. La convivialité y était grande. Ma femme se promenait au supermarché et elle a décidé d'organiser un repas pour une vingtaine de joueurs. Elle a acheté un barbecue à 25 dollars et de la viande. Rien n'était cher. On a demandé une petite participation. Mais il y avait 80 joueurs donc on a juste invité les non-latinos. C'était génial, il y avait de la musique, l'endroit était beau, des joueurs nous aidaient à faire des brochettes. À la fin de la semaine, des joueurs ont demandé si on prenait le barbecue sur le tournoi suivant. Je me suis dit, ce n'est pas possible. Mais ma femme avait conservé la boîte. On l'a démonté et on l'a pris avec lors de notre voyage en car. Et on a refait un barbecue.

Que retenez-vous de votre participation au Masters en 2010 où on retrouvait, en simple, Nadal, Federer et Djokovic ?

Chacun vit un peu dans sa bulle. Chaque joueur reçoit un vestiaire individuel avec une grande photo de lui sur la porte. Pour moi, il y en avait deux, la mienne et celle de Wesley, mon partenaire. Avec les stars, on se croise mais on ne se parle pas. C'est le tournoi le plus élitiste avec les huit meilleurs joueurs et paires de la saison. La première fois que je suis monté sur le court de l'O2 à Londres, il y avait de la fumée partout, la salle était plongée dans le noir et il y avait un show son et lumière. Je ne me sentais pas bien, comme si je perdais l'équilibre. C'était impressionnant.

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