Analyste reconnu, technicien "très humain", et n°1 malheureux: qui est David Bettoni, le fidèle adjoint de Zinedine Zidane?
Proche de Zinedine Zidane depuis presque 40 ans, David Bettoni occupe un poste primordial au sein du staff du futur sélectionneur avec qui il a tout gagné au Real Madrid. Après deux dernières aventures comme numéro un, le natif de la banlieue de Lyon devrait faire son retour auprès du futur sélectionneur comme adjoint, dans l’ombre de "Zizou" mais toujours avec un rôle primordial.
De l’AS Cannes à l’équipe de France, Zinedine Zidane et David Bettoni ne se sont pas lâchés. Du centre de formation du club azuréen, où ils se sont rencontrés au début des années 1990, au château de Clairefontaine que l’un va retrouver après l’avoir côtoyé comme joueur et que l’autre va découvrir dans un costume d’adjoint qu’occupait Guy Stéphan lorsque Didier Deschamps était sélectionneur. Une étiquette qui colle à la peau de David Bettoni, même si celui-ci a passé ses derniers mois dans la peau d’un entraîneur principal.
De Sion à Tunis, une aventure de numéro 1 frustrante
Car en 2021, lorsque l’aventure de Zinedine Zidane au Real Madrid s’arrête, David Bettoni décide de se lancer comme numéro un, poste qu’il n’avait jamais occupé si ce n’est chez les jeunes de l’AS Cannes - des U13 aux U19 - avant de passer ses diplômes à l’INF Clairefontaine et, déjà, apporter son aide à Zinedine Zidane à lancer sa reconversion.
Son premier costume de coach principal, Bettoni l’endosse au FC Sion (Suisse), au début du mois de mars 2023, en arrivant en plein milieu de saison: "Il cherchait à être numéro un alors que Zizou n’avait pas d’activité", se souvient Christian Constantin, patron du club suisse. "Il collaborait avec un jeune que je connaissais et il m’en a parlé. J’hésitais à lui donner l’équipe, quand Zinedine Zidane m’a appelé pour me le recommander."
Dans le Valais, il ne dirigera que dix matchs officiels pour un mauvais bilan comptable: deux victoires, deux matchs nuls et six défaites. Malgré les résultats, Wylan Cyprien, milieu de terrain du club à cette époque, a apprécié l’expérience. "C’était nouveau pour lui d’être dans son rôle de numéro un mais 99% de son échec à Sion vient du fait que le club n’était pas sain", tranche l’ex-milieu niçois. "Cela ne venait pas de ses qualités ou de sa personne."
Plus d’un an plus tard, une fois l’expérience suisse digérée, David Bettoni prend à l'été 2024 la direction de la Tunisie où il prendra en main l’un des plus grands clubs du pays, le Club Africain. Il y rencontrera l'ancien gardien international Ali Boumnijel. "J’y ai rencontré quelqu’un de très humain, une personne au grand cœur. Il méritait mieux avec nous", souffle ce dernier. Car le Club Africain terminera 4e du championnat. "Mais les gens veulent remporter des titres et être champion tous les ans ici", détaille son ex-adjoint qui a passé quatre ans comme joueur dans le club tunisois. "Il y a énormément d’attente, de pression et d’impatience, une rivalité extraordinaire avec l’Espérance. Je ne compare pas le Real au Club Africain, mais ce n’est pas pareil..." En termes d’environnement, surtout, où David Bettoni a appris à gérer cette pression particulière "Je pense qu’au Real, quand les supporters ne sont pas contents après deux ou trois résultats difficiles, il n’y a pas de jets de bouteilles, d’insultes à la fin des matchs, des pressions à l’entraînement de supporters qui demandent des comptes, qui crient, qui parfois tentent de rentrer dans le vestiaire. Il a été touché parce que ça choque, c’est normal. Je l’avais prévenu pour essayer de le protéger, lui dire qu’ici les dirigeants mettaient rapidement la responsabilité sur le dos de l’entraîneur."
En 2025-2026, un an seulement après le départ de Bettoni, le Club Africain est sacré champion de Tunisie pour la première fois depuis 2015, avec un effectif en partie construit par le technicien français. "Quand on est arrivé, il y avait un chantier énorme, c’était du grand n’importe quoi", reconnaît Boumnijel. "On a dû écrémer l’effectif et recruter à quelques postes. À chaque match, on repérait les joueurs adverses qui sortaient du lot et on les ajoutait sur nos listes. Il nous manquait un attaquant mais le club n’avait pas de moyen, on a pu garder notre gardien mais il s’est fait une double fracture et on n’a pas pu le remplacer avant le mois de janvier. On était ensuite sur Mastouri et Chaouat. Le premier est parti ailleurs mais le second est arrivé une fois qu’on est parti, il a bien marché et ils ont été sacrés champion avec ces joueurs. Tout le monde sait que David a fait l’ébauche d’un travail énorme et qu’on était sur la bonne voie."
Détail de l’adversaire, ballon et intensité, les préceptes de David Bettoni
Car l’analyse de l’adversaire fait partie des points fort de l’éternel adjoint de Zinedine Zidane. "C’est ce qui m’a le plus marqué chez lui", avoue Wylan Cyprien, son ancien joueur à Sion. "Il connaissait les qualités et les défauts de chaque joueur. Une fois il m’avait dit: 'Ce gars joue dans ta zone, bloque-le sur son pied droit parce que quand il se met sur son gauche il perd le ballon une fois sur trois.' Et ça marchait sur le terrain. Il regardait les caractéristiques de tous les joueurs contre qui on jouait. Vraiment, ça m’avait choqué."
"Je pense que son passé d’adjoint lui a permis d’acquérir cette science du détail", précise Ali Boumnijel, son adjoint au Club Africain. "Il m’avait mis en charge des coups de pied arrêtés et ç’a porté ses fruits car on a pas mal marqué dans ce secteur. Il essayait toujours de trouver des solutions pour contrer l’adversaire, les mettre en difficulté, de manière très précise." Les séances d’entraînements, elles, comprenaient systématiquement deux principes: de l’intensité et du ballon. "De petits ateliers ballon-finition puis une course de 15 mètres qu’il fallait faire à fond. Quand certains râlaient parce qu’il y avait trop d’intensité, il disait qu’il faisait la même chose au Real et que cela portait ses fruits", détaille Cyprien. "Mais surtout il a cette faculté de faire vivre ses séances, de les animer, d’apporter de la nouveauté, de la fraîcheur et du dynamisme. Et ça, tout le monde n’arrive pas à le faire."
Ce qu’il devrait transposer chez les Bleus après avoir commencé à le faire chez les jeunes de Madrid, avec la Castilla, auprès de son fidèle ami Zinedine Zidane pour qui il a toujours préparé les entraînements. "Il est une figure fondamentale pour Zidane", affirme Sergio Lopez, journaliste pour AS et suiveur du Real Madrid. "Il est une figure tactique, stratégique qui planifie les exercices, les systèmes de jeu." Et surtout un maître de la communication, une de ses plus grandes qualités selon Ali Boumnijel, aujourd’hui adjoint pour le club saoudien d’Al-Hazem. "J’ai beaucoup aimé son attitude sur ce point. Il restait après les séances, échangeait avec les joueurs malgré la barrière de la langue parfois. Il sait parfaitement communiquer avec son groupe, notamment en tête à tête avec les joueurs, il a les arguments, sait comment amener les choses. Il pourra beaucoup apporter grâce à cela en équipe de France. Enfin s’il rejoint l’équipe de France", sourit l’ex-international tunisien. "Car ce n’est pas officiel je crois… Je vais peut-être attendre mardi midi avant de lui envoyer un message."
Clément Brossard