Alsace Bossue. Certaines espèces d’oiseaux connaissent un déclin massif
« Ça fait plus de dix ans que je renseigne des données naturalistes sur la plateforme participative Faune Grand Est », explique Sébastien Mangin, écologue à la Grange aux paysages à Lorentzen, labellisée Refuge LPO pour la biodiversité. « Sur le terrain, nous sommes les yeux et les oreilles de la LPO de Strasbourg », indique-t-il. Lorsque l’animateur nature rencontre une espèce peu commune et qu’il estime que la présence de tel type d’oiseaux est remarquable, il enregistre les éléments dans la base de données qui est accessible à la LPO de Strasbourg.
« Tout citoyen peut renseigner le site via un compte personnel », glisse-t-il. C’est ainsi que « 13 millions de données sont collectées et analysées par les scientifiques chaque année », précise le baromètre de l’avifaune réalisé par la LPO France.
Ce dernier paru en juin dresse un tableau contrasté de l’évolution des espèces en France sur les 50 dernières années : entre déclin massif et succès de conservation. L’Alsace Bossue n’échappe pas à ce constat. Les passereaux, « qui représentent 90 % de la quantité totale d’oiseaux en France » subissent les effets des pesticides sur leur alimentation et de la disparition des haies. En Alsace Bossue, « l’alouette lulu a quasiment disparu du paysage. La dernière fois que j’en ai vu une, c’était dans une friche à herbes hautes à Diemeringen en 2013, détaille Sébastien Mangin. Comme elle niche au sol et que la fauche est réalisée de plus en plus tôt, leur nidification est perturbée. »
La pie-grièche fait partie de la famille des passereaux, particulièrement impactée par le changement climatique. Photo Sébastien Mangin
La cigogne blanche, un exemple de succès de conservation
Toujours dans la famille des passereaux, la pie-grièche fait l’objet d’une attention particulière de la part des associations locales. Considérée comme une espèce spécialiste, « cette dernière est plus vulnérable au changement climatique ».
Pendant la canicule de juin, « un habitant de Sarralbe m’a confié un martinet noir. Plutôt que de mourir de chaud dans son nid sous la toiture, l’oisillon s’est jeté dans le vide, alors qu’il ne savait pas encore voler, précise l’écologue. Je l’ai confié au Groupement ornithologique du refuge Nord Alsace (Gorna) à Neuwiller-lès-Saverne. » En charge du sauvetage d’animaux, « le Gorna a recueilli cet été 278 martinets noirs », indique Renaud Vauchot, soigneur animalier au Gorna. En France, cette espèce a connu une chute de 65 % de son nombre d’individus, ces 25 dernières années.
Si d’un côté, certaines espèces subissent un déclin, de l’autre côté des populations sont en augmentation en France. C’est le cas des cigognes blanches qui sont passées de onze couples à 6 000 couples entre 1974 et 2023. Plus localement à Sarralbe, « 41 couples ont élu domicile dans la localité. En 1989, il n’y avait qu’un seul couple et depuis les années 2000, leur nombre a explosé, explique Dominique Klein, président de l’association Cigognes du Grand-Est. L’Association pour la protection et la réintroduction des cigognes en Alsace Lorraine a fait un énorme travail, avec l’installation de nids un peu partout. »