Allemagne. Victoire de l'extrême droite en Saxe-Anhalt : une région française envisage l'arrêt de sa coopération avec ce Land

Au lendemain de la victoire historique du parti d'extrême droite Alternative pour l'Allemagne (AfD) lors d'une élection régionale en Saxe-Anhalt, dans l'est du pays, les réactions dépassent largement ses frontières.

Le chancelier allemand Friedrich Merz s'est dit « profondément choqué », tout en promettant de maintenir le cap de ses réformes mais en les expliquant mieux. « Ma détermination est de poursuivre le cap des réformes, sans rupture, mais je sais que [...] nous devons mieux les expliquer », a-t-il dit à l'issue d'une réunion de la direction de son parti conservateur, la CDU. Très impopulaire, plombé par les disputes au sein de sa coalition avec les socio-démocrates sur les réformes à mener, et plusieurs gaffes, il a reconnu avoir une responsabilité dans cette défaite tout en insistant sur sa « détermination » à gouverner. « Il en va ni plus ni moins du futur de notre pays », a-t-il dit, avant de rappeler qu'il était « élu pour quatre ans » depuis 2025, semblant ainsi exclure toute démission. « Abandonner n'est pas une option. »

Quant à la victoire d'Alternative pour l'Allemagne, il a jugé qu'il fallait l'accepter « en démocratie » mais promis de défendre « la loi fondamentale », alors que l'AfD est régulièrement accusé de tentations autoritaires, de racisme et de liens avec la mouvance néonazie. « Nous savons que l'Allemagne du fait de son Histoire [nazie] a une responsabilité particulière. Nous préserverons toujours notre ordre politique et notre solide ancrage en Europe », a-t-il dit. Il a reconnu que l'essor électoral de l'AfD changeait la donne « dans toute l'Allemagne ».

Le chancelier a aussi rappelé que le 20 septembre deux autres scrutins régionaux étaient prévus, en Mecklembourg-Poméranie occidentale où l'AfD est en tête selon les sondages, et à Berlin où CDU, extrême gauche et extrême droite sont au coude-à-coude. Quant à la Saxe-Anhalt, son dirigeant conservateur battu dimanche, Sven Schulze, a reconnu que l'Alternative pour l'Allemagne dispose d'un « mandat pour gouverner », même s'il lui manque trois élus pour atteindre une majorité absolue.

En France

La région Centre-Val de Loire a averti ce lundi qu'elle pourrait mettre un terme à sa coopération avec la région allemande de Saxe-Anhalt. « La Région Centre-Val de Loire ne pourra en aucune manière poursuivre une coopération avec une collectivité dont les priorités politiques seraient l'exact opposé des valeurs que nous mettons en œuvre », déclare son président socialiste François Bonneau, dans un communiqué. La région exprime sa « profonde inquiétude » après cette victoire écrasante de l'extrême droite dans une région partenaire depuis 22 ans.

Ce partenariat couvre des domaines variés, comme l'éducation et la jeunesse, l'environnement, la culture et la promotion des valeurs démocratiques. « De très nombreux points du programme de l'AfD, sont en opposition radicale avec les valeurs et les orientations historiques de notre coopération », estime François Bonneau. Il dénonce des priorités politiques « centrées sur le repli, le refus de toute diversité et des mesures guidées par un nationalisme dangereux pour la démocratie ». Le président socialiste épingle en particulier l'« offensive d'expulsions et de remigration » prônée par l'AfD, tout comme « l'abandon des objectifs de transition pour le soutien aux énergies fossiles » ou encore « l'arrêt des financements des projets liés à la Shoah ».

Aux États-Unis

« Bien joué », « nouveau jour en Allemagne » : le triomphe électoral de l'extrême droite en Saxe-Anhalt suscite de la joie au sein de la sphère MAGA et parmi les soutiens de Donald Trump aux États-Unis. Le président américain lui-même n'a pas encore explicitement réagi mais il a marqué sans commentaire son intérêt pour l'événement en postant une infographie des résultats du scrutin dimanche soir sur son réseau Truth Social. « Une immense victoire et un nouveau jour en Allemagne », s'est pour sa part félicité sans ambages sur X Richard Grenell, ancien ambassadeur des États-Unis en Allemagne durant le premier mandat de Donald Trump. « Le peuple est prêt pour le changement, quels que soient les noms qu'on lui donne », a ajouté ce diplomate proche du président républicain.

Peu auparavant, le multimilliardaire Elon Musk avait été l'un des premiers à saluer la victoire de l'AfD par un retentissant « Bien joué ! » en réponse à un post sur X d'Alice Weidel, cocheffe du parti d'extrême droite allemand. Le dirigeant de l'AfD en Saxe-Anhalt, Ulrich Siegmund, l'a remercié dans la foulée en déclarant envisager « avec grand plaisir la possibilité d'une coopération » avec le patron de SpaceX et Tesla. « L'Allemagne redeviendrait un pays où il vaut la peine d'investir », a affirmé Ulrich Siegmund. Elon Musk est un soutien de longue date de l'AfD, qu'il qualifiait déjà de « meilleur espoir pour l'Allemagne » avant les élections législatives de février 2025.

En Espagne

« La menace extrémiste, en grande partie grâce à la reddition de la droite traditionnelle, gagne du terrain en Europe et dans le monde », a estimé de son côté le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez, évoquant la victoire de l'Alternative pour l'Allemagne (AfD) en Saxe-Arnhalt. « Un gouvernement comme celui de coalition progressiste que nous avons en Espagne est aujourd'hui plus nécessaire que jamais. Le monde nous regarde », a poursuivi devant les députés du Parti socialiste le dirigeant, à la tête d'un des rares gouvernements de gauche en Europe.