Allemagne. « Un coup de fouet donné à l’extrême droite en Europe » : pourquoi la victoire de l’AfD est un choc

La percée du parti en Saxe-Anhalt rebat les cartes en Allemagne et donne un élan aux autres partis d’extrême droite en Europe. Le Rassemblement national maintient cependant ses distances avec l’AfD, toujours jugé infréquentable à cause de sa radicalisation, contrariant la stratégie de dédiabolisation de Marine Le Pen.

Luc Chaillot -

Aujourd’hui à 20:20 | mis à jour aujourd’hui à 20:21

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La large victoire de l’AfD en Saxe-Anhalt a créé une onde de choc en Allemagne même si le parti n’a pas obtenu la majorité absolue. La percée de l’extrême droite, avec près de 44 % des voix loin devant la CDU du chancelier Friedrich Merz (17 % des voix), est un véritable séisme dans un pays où le système politique avait été imaginé pour empêcher le retour au pouvoir de partis extrémistes. L’AfD, qui a obtenu 39 sièges sur 83, espère toujours devenir le premier parti d’extrême droite à la tête d’un exécutif depuis la chute du régime nazi en 1945. Même la CDU en Saxe-Anhalt reconnaît que le parti dispose désormais d’un « mandat pour gouverner » la région.

Le BSW, un parti de gauche qui partage avec l’AfD une ligne russophile et anti-migrants, se trouve en position de faiseur de roi. La formation populiste et europhobe annonce qu’elle s’abstiendra en cas de troisième tour pour l’élection du ministre-président de Saxe-Anhalt. Ulrich Siegmund, le dirigeant de l’AfD, pourrait donc être élu à la majorité simple. « Certains parlementaires régionaux de la CDU risquent aussi de ne pas obéir aux consignes nationales de leur parti. Des élus locaux jugent que le cordon sanitaire n’a plus aucun sens », commente Jacques-Pierre Gougeon, directeur de l’Observatoire de l’Allemagne à l’IRIS (Institut de relations internationales et stratégiques).

« On est aujourd’hui dans une recomposition complète. Il peut y avoir des débauchages individuels de députés chrétiens-démocrates », confirme Paul Maurice, secrétaire général du Comité d’études des relations franco-allemandes à l’Ifri (Institut français des relations internationales). Le chercheur avance toutefois un autre scénario possible : celui d’un gouvernement technique soutenu par l’ensemble des partis opposés à l’AfD. « Cette possibilité serait néanmoins contestée d’un point de vue démocratique. »

« Le passé compliqué du RN avec l’AfD »

Le score de l’AfD en Saxe-Anhalt est un revers personnel pour Friedrich Merz, qui s’est déclaré « profondément choqué » par cette lourde défaite électorale. Très impopulaire, le chancelier s’est incliné devant le verdict des urnes mais en mettant en garde l’AfD sur le respect des valeurs de la Constitution et des règles du vivre-ensemble, alors que le parti d’extrême droite préconise une expulsion massive d’étrangers et de citoyens allemands d’origine étrangère « non assimilés ». L’avenir de Friedrich Merz à la tête de la CDU risque d’être suspendu aux résultats des prochaines élections régionales du 20 septembre prochain dans les Länder de Berlin et de Mecklembourg-Poméranie-occidentale.

La victoire de l’AfD envoie un signal au reste de l’Europe en donnant un élan aux partis d’extrême droite. Le Rassemblement national (RN) a été l’un des seuls à ne pas féliciter son ancien allié au Parlement européen, désormais jugé infréquentable. Le parti de Marine Le Pen maintient ses distances avec le parti trop sulfureux. « Le RN est resté très discret. Il a un passé compliqué avec l’AfD qu’il trouvait trop radical et gênant sa stratégie de dédiabolisation », observe Paul Maurice. « L’AfD a gagné en se radicalisant alors que le RN fait tout pour apparaître respectable. Ce sont deux stratégies opposées », constate Jacques-Pierre Gougeon. « La victoire de l’AfD donne toutefois un coup de fouet à l’ensemble de l’extrême droite en Europe, même si le RN ne l’avoue pas. »