Allemagne. Saxe-Anhalt : l'AfD triomphe mais ne gouverne pas encore

L’Alternative pour l’Allemagne a plus que doublé son score (44,5 % des voix) dans cette région de l’ex-RDA alors que la CDU de Friedrich Merz y a divisé son score par deux. Un résultat historique pour l’extrême droite dans l’Allemagne d’après-guerre.

De notre correspondant à Berlin, David Philippot -

Hier à 22:35 | mis à jour hier à 23:15

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Avec le grand sourire qu’il a affiché tout au long de la campagne, Ulrich Siegmund a triomphé dimanche soir à l’annonce des résultats : « Nous avons réussi ce que nous voulions réussir : nous avons écrit l’histoire ! ». Avec près de 45 % des suffrages, l’Alternative pour l’Allemagne (AfD), formation antimigrants, russophile et pro-Trump, a plus que doublé son résultat du dernier vote dans cette région de l’ex-RDA avec un score en progression de 23,5 points. À l’exception de quatre circonscriptions urbaines, le parti d’extrême droite a fait main basse sur les 37 autres. C’est le meilleur score jamais réalisé lors d’une élection régionale par le mouvement créé en 2013.

La victoire ne souffre aucune contestation, obtenue grâce à la meilleure participation de l’histoire en Saxe-Anhalt, soit 76 % des électeurs. Chez les électeurs de moins de 25 ans, l’AfD a récolté 41 % des voix. Le candidat a obtenu un « mandat clair pour gouverner la région », a souligné la cheffe de l’AfD Alice Weidel.

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Ulrich Siegmund tend la main à « toutes les bonnes volontés »

Ulrich Siegmund veut la majorité absolue (42 sièges) mais il n’exclut pas la « participation dans son gouvernement de toutes les bonnes volontés ». En milieu de soirée, le BSW flirtait avec la barre éliminatoire des 5 % des suffrages. Si elle réussit cependant à entrer au parlement régional, la formation prorusse de la populiste Sarah Wagenknecht est la seule à envisager une coopération avec l’AfD.

La main tendue de Siegmund devrait également provoquer des cas de conscience chez certains conservateurs de la CDU susceptibles de franchir le Rubicon. Dans un sondage publié dans la soirée, 81 % des électeurs de la CDU refusaient pourtant toute alliance avec ce parti classé comme extrémiste par les renseignements intérieurs.

Alice Weidel et Ulrich Siegmund triomphants, dimanche soir à Magdebourg, après le succès de l’AfD. Photo Sipa/Michael Kappeler

Alice Weidel et Ulrich Siegmund triomphants, dimanche soir à Magdebourg, après le succès de l’AfD. Photo Sipa/Michael Kappeler

Un désaveu cinglant pour le chancelier Merz

Si ce Land compte deux fois moins d’électeurs (1,7 million) que la seule ville de Berlin, les secousses du séisme électoral se font sentir jusque dans la capitale. La victoire de l’AfD signe un désaveu personnel pour le chancelier conservateur Friedrich Merz dans ce bastion, gouverné par la CDU depuis 23 ans. « Merz et son impopularité ont été notre meilleur argument de campagne ! » cinglait dimanche soir la tête de liste d’extrême droite. Selon un sondage ARD, seulement 9 % des Allemands se disent satisfaits de son travail gouvernemental. La campagne stratégiquement habile d’Ulrich Siegmund a fait le reste : la tête de liste AfD a été capable lors des meetings de décrire un pays au bord de l’effondrement tout en présentant son parti comme celui du recours incarné par son slogan « Alles ist möglich ! » (« Tout est possible »). Son profil de jeune premier a également plu aux électeurs dans une ambiance de dégagisme dirigé contre “die da oben”, ceux d’en haut.

Un tremplin pour 2029 ?

Même si sa prise de Magdebourg échouait faute de majorité absolue, l’obligation pour ses adversaires de former une coalition contre-nature, de la droite à l’extrême gauche (Die Linke), renforcerait l’AfD, seule “Alternative”. Pour l’extrême droite, l’enjeu dépasse les frontières régionales : son ancrage local fait de la Saxe-Anhalt le tremplin de sa conquête du Bundestag en 2029. « C’est un tournant majeur dans l’histoire de la République fédérale. À cet égard, la Saxe-Anhalt est un laboratoire » analyse le professeur Johannes Varwick, de l’université de Halle.Son collègue Matthias Quendt partage son avis : « L’AfD va pouvoir utiliser le gouvernement régional pour influencer et façonner la politique à l’échelle nationale. Contrairement à ce qu’espèrent certains, l’AfD ne perdrait pas de son attrait au sein d’un gouvernement régional, mais continuera à se normaliser. Magdebourg n’est qu’une étape sur la voie menant au gouvernement fédéral ».

Une radicalisation à l'opposé de la stratégie du RN

La cheffe de l’AfD, Alice Weidel, a répété cette semaine qu’elle voulait que son pays quitte l’Euro, et la branche locale de son parti en Saxe-Anhalt figure parmi les plus extrémistes du pays. Les mesures-chocs ne manquaient pas dans son programme : le « renoncement » à la main-d’œuvre qualifiée « issue de cultures étrangères » ; la fin des financements destinés au secteur de l’asile et de l’intégration ; la mise en place d’une « milice citoyenne volontaire » ; l’arrêt des subventions aux énergies renouvelables, aux pompes à chaleur et aux voitures électriques ; la suppression de l’obligation de scolarisation à l’école et la fin de l’inclusion pour les enfants handicapés ou la fin de la redevance pour les médias audiovisuels publics. Une radicalisation, à l’opposé de la stratégie de dédiabolisation poursuivie par le Rassemblement National, qui a pavé son chemin vers cette victoire historique.

En France, « un désastre », «  un choc énorme  » et « un moment grave »

« C'est un moment grave en Europe de voir l'extrême droite l'emporter dans une élection régionale en Allemagne », a déclaré le ministre de l'Europe Benjamin Haddad sur X. « Nous devons entendre avec humilité les colères, les inquiétudes, les peurs et y répondre. Mais le nationalisme et la xénophobie ne seront jamais une solution », a-t-il souligné. « Nous ne pouvons pas oublier notre Histoire. C'est le sens des choix de la France et de l'Allemagne ».

À gauche, Jean-Luc Mélenchon (La France insoumise) a fait partie des premiers à réagir, dimanche. Cette victoire de l’AFD est la « catastrophique démonstration de l’aveuglement des politiques européennes centristes. Ce désastre est leur résultat », a-t-il écrit sur X.

Dans le bloc central, Gabriel Attal invité de BFMTV juge, lui aussi, que cette victoire devait être une « alerte ». « On doit en tirer les enseignements pour l’élection présidentielle en France. Le barrage, le pare feu contre l’extrême droite, n’est pas un projet politique suffisant pour que vous ayez une majorité d’électeurs qui viennent y adhérer. On a besoin de porter une vision et des mesures concrètes pour changer le quotidien des Français. »

À droite, l’ancien commissaire européen, Thierry Breton, évoque « un choc énorme » : « C’est dans ces Land qu’on a vu les premiers néonazis arriver. Donc il y a un atavisme », a-t-il réagi sur LCI.

Pour Éric Zemmour (Reconquête !), « on accusera les électeurs. Les vrais responsables sont ceux qui, un demi-siècle durant, ont traité comme un délit ce que les peuples éprouvaient comme une évidence : le désir de demeurer soi-même. Le cordon sanitaire n’a jamais protégé personne. Il n’a fait que retarder l’heure de vérité. Cette heure est venue. Et elle sonnera partout. »

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