Allemagne. Drone à Leipzig, sabotage du réseau électrique... la guerre hybride de la Russie inquiète

Berlin accuse Moscou d’avoir commandité l’attentat au drone explosif contre l’aéroport de Leipzig. La guerre hybride de la Russie semble franchir un pas supplémentaire au moment où l’Allemagne subit également de mystérieux sabotages de son réseau électrique.

Luc Chaillot -

Aujourd’hui à 20:30

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Les dirigeants européens s’inquiètent d’une escalade dans la guerre hybride menée par la Russie contre les pays de l’Union européenne (UE). La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a dénoncé ce mercredi « un acte de terrorisme soutenu par un État » au lendemain de la confirmation par l’Allemagne de la responsabilité de la Russie dans la tentative d’attentat au drone explosif contre l’aéroport de Leipzig début août. L’engin a été neutralisé à proximité d’un avion-cargo ukrainien. L’implication d’une puissance étrangère avait été rapidement avancée au regard de la sophistication de l’opération.

Les enquêteurs ont identifié deux suspects en lien avec Moscou, un homme né en Russie détenteur d’un passeport letton et un homme originaire de Biélorussie, détenteur d’un passeport russe, selon la presse allemande. En représailles, l’Allemagne a annoncé la fermeture du consulat russe de Bonn et la résiliation du contrat avec la Maison russe de Berlin. Ce centre culturel aurait servi de couverture à des espions russes et avait été envisagé comme une solution de repli par la chroniqueuse prorusse Xenia Fedorova, visée par un arrêté d’expulsion de la France qui l’accuse d’être « une professionnelle de la subversion formée en Russie ».

La Russie ou l’ultragauche ?

Depuis plusieurs jours, l’Allemagne subit également de mystérieux sabotages de son réseau électrique. La police allemande a ouvert une enquête antiterroriste après un attentat commis mardi contre un poste électrique près d’une centrale thermique au charbon dans le land de Brandebourg. Le but était de provoquer un énorme black-out. Les engins pyrotechniques découverts sur place ressemblent à ceux utilisés quelques heures plus tard contre un autre poste électrique près de Cologne en Rhénanie-du-Nord-Westphalie, selon le journal Bild. Les auteurs du sabotage auraient tenté de propulser un câble par-dessus les lignes électriques à haute tension afin de provoquer un court-circuit.

Les enquêteurs ne savent pas encore qui est derrière ces sabotages mais les soupçons se tournent vers la Russie. La police étudie deux pistes possibles : celle d’un « sabotage téléguidé par un État étranger » ou celle d’un attentat commis par l’ultragauche. En janvier dernier, un incendie criminel avait plongé dans le noir plus de 100 000 personnes pendant plusieurs jours dans la région de Berlin. L’attaque avait été revendiquée par le « Vulkangruppe », un mystérieux groupuscule d’extrême gauche qui a commis une dizaine de sabotages en 15 ans, dont celui contre une usine Tesla proche de Berlin.

La crainte d’un black-out fomenté par la Russie

L’intensification de la guerre hybride contre l’Allemagne pourrait influer sur les élections régionales dimanche en Saxe-Anhalt. L’AfD est donnée favorite alors que le parti d’extrême droite défend une reprise du dialogue avec la Russie et la fin de l’interdiction des importations de gaz russe. Ces sabotages interviennent quelques jours après la visite surprise du chef de la CIA à Moscou. Ce voyage éclair du chef du renseignement américain avait pour but notamment de mettre en garde la Russie contre toute attaque visant l’Otan, selon le Wall Street Journal.

Le risque d’un gigantesque black-out comme celui qui a paralysé l’Espagne et le Portugal en avril 2025 - même s’il ne faisait pas suite à un sabotage - fait partie des menaces sérieuses inquiétant les pays européens. En décembre 2025, une cyberattaque majeure a failli causer un black-out en Pologne en pleine vague de froid. L’enquête a pointé la responsabilité de hackers liés à la Russie. « Cet événement devrait collectivement nous alarmer », prévient Vincent Strubel, directeur général de l’Anssi (Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information), dans le rapport sur la cybermenace en France. « Cela illustre concrètement le scénario auquel la France se prépare : une augmentation massive - d’ici 2030 - des attaques hybrides, avec des effets concrets voire destructeurs sur nos infrastructures critiques. »