Aït-Nouri avait surtout besoin de se rasseoir

Renvoyé du rassemblement après son coup de sang contre la Zambie, Rayan Aït-Nouri paie surtout une drôle de façon d'accueillir la concurrence.

Rayan Aït-Nouri voulait jouer contre la Zambie. Jusque-là, rien d’alarmant. Un international qui apprécie son banc serait même un concept assez inquiétant. Le problème est qu’après avoir découvert que Jaouen Hadjam lui avait pris sa place, puis avoir été envoyé à l’échauffement avant d’être rappelé sur le banc, le défenseur de Manchester City a décidé de faire connaître son mécontentement à peu près à tout le monde. Gestes d’agacement, discussions avec le staff, refus rapporté de repartir s’échauffer : la soirée s’est terminée sans une minute sur le terrain et, le lendemain, sans Aït-Nouri dans le groupe. Brahim Hemdani l’a renvoyé chez lui.

Difficile, pour l’instant, de crier au scandale. Hemdani vient d’arriver et sa première décision forte avait justement consisté à préférer Hadjam à un joueur considéré depuis le Mondial comme le titulaire du poste. Deux minutes ont suffi au joueur de Brighton pour ouvrir le score. Pas vraiment la meilleure soirée pour expliquer bruyamment que le sélectionneur s’était trompé. Et lorsqu’un entraîneur commence son mandat en laissant passer une scène pareille sur son banc, il peut ensuite préparer quelques réunions sympathiques lorsque viendra le moment d’écarter le prochain cadre.

Manchester City ne donne pas de passe-droit

L’autre détail rend l’histoire encore plus étrange. Cette saison, Aït-Nouri a joué 105 minutes avec Manchester City et pas une seule en Premier League. Josko Gvardiol et Nico O’Reilly lui sont notamment passés devant. Pourtant, aucune scène comparable n’est sortie de l’Etihad. Peut-être existe-t-elle dans l’intimité du vestiaire, personne n’en sait rien. Mais publiquement, Aït-Nouri semble parfaitement capable d’accepter les choix d’Enzo Maresca. Avec l’Algérie, manifestement, la pilule est passée moins facilement.

Jouer à Manchester City ne devrait pourtant pas transformer Tizi-Ouzou en zone de non-droit. Aït-Nouri a choisi l’Algérie en 2023 après être passé par les Espoirs français, et personne n’a oublié ce choix. Il n’offre simplement pas un abonnement à vie dans le onze. À 25 ans, il est suffisamment jeune pour commettre une bêtise et suffisamment expérimenté pour comprendre qu’un sélectionneur puisse préférer quelqu’un d’autre pendant 90 minutes.

Rayan Aït-Nouri a payé son coup de sang contre la Zambie. Pour son premier rassemblement, Brahim Hemdani ne pouvait guère regarder ailleurs.2026 Icon Sport

Rayan Aït-Nouri a payé son coup de sang contre la Zambie. Pour son premier rassemblement, Brahim Hemdani ne pouvait guère regarder ailleurs.

Et Moussa Saïb n’était pas le stagiaire du staff

Puis il y a Moussa Saïb. Le manager général est venu essayer d’éteindre l’incendie et a été accueilli avec une humeur dont il se serait probablement bien passé. Là encore, le problème ne consiste pas à réclamer qu’Aït-Nouri reconnaisse chaque matin les gloires des années 1990 avant de prendre son petit-déjeuner. Mais Saïb n’est pas exactement un monsieur passé par hasard devant le banc : champion d’Afrique en 1990, ancien capitaine des Verts, joueur d’Auxerre, Valence et Tottenham, premier Algérien à avoir joué en Premier League, il a traversé une époque où répondre aux convocations de l’équipe nationale n’avait rien du voyage organisé cinq étoiles.

Hemdani a donc choisi de poser sa première frontière. Peut-être découvrira-t-on dans quelques mois qu’il avait intérêt à calmer le jeu autrement. Peut-être Aït-Nouri reviendra-t-il dès le prochain rassemblement et tout cela deviendra une vieille histoire racontée en deux phrases. Mais pour une sélection qui démarre un nouveau cycle, laisser passer l’épisode aurait envoyé un message autrement plus embarrassant : le maillot du club déciderait désormais de la longueur de la laisse.

Aït-Nouri reste probablement l’un des meilleurs joueurs algériens de sa génération. Il rejouera, il pourra récupérer sa place et il a largement le temps de remettre cette soirée à sa juste dimension. Pour commencer, il fallait peut-être simplement accepter ce que Hemdani lui demandait depuis le début : se rasseoir.