Agriculture. Le gouvernement renforce la prévention face à la détresse des agriculteurs

Le gouvernement redoute un réveil de la colère des agriculteurs assommés par les conséquences de la sécheresse, mais il s'inquiète aussi du mal-être silencieux et grandissant dans les fermes menacées de faillite, comme en témoigne un outil de prévention annoncé mercredi par la ministre de l'Agriculture.

« Les conséquences humaines de cet été ne disparaîtront pas toutes avec le retour de la pluie. Et si, à ce stade, nous ne constatons pas encore de hausse massive des signalements de détresse, je refuse d'attendre qu'elle survienne pour agir », a déclaré la ministre Annie Genevard mercredi lors du comité national de pilotage (CNP) du plan de prévention du mal-être en agriculture mis en place en 2021.

La ministre de l'Agriculture, Annie Genevard. Photo Sipa/Martin Rodier

La ministre de l'Agriculture, Annie Genevard. Photo Sipa/Martin Rodier

Elle a annoncé la parution d'une « fiche nationale de recensement des dispositifs d'accompagnement des agriculteurs en difficulté », qui pourra être distribuée par les acteurs publics et associatifs susceptibles d'être en contact avec des agriculteurs en difficulté, comme les 12 000 volontaires « sentinelles » répartis sur le territoire pour repérer le mal-être agricole. Ce document recense les numéros d'urgence dont la ligne de « prévention du suicide », les acteurs (mutualité sociale agricole, chambres d'agriculture, associations) vers qui se tourner et les aides existantes (aide au remplacement, allègement de cotisations sociales, aide psychologique...).

25 000 appels

Si le mot « suicide » est rarement prononcé à haute voix, y compris par les responsables politiques et souvent pour des raisons de prévention, la crainte est présente à tous les échelons du monde agricole. Un « guide » sera également transmis aux agents de l'Etat en préfecture pour qu'ils sachent orienter les agriculteurs, selon la ministre, qui s'est entourée il y a quelques semaines d'un conseiller chargé de la lutte contre le mal-être agricole.

Entre le 1er septembre et le 6 octobre, les caisses de MSA ont engagé plus de 25 000 appels sortants et réalisé plus de 1 000 interventions sociales, selon la ministre. Les associations comme Solidarité Paysans rappellent régulièrement à quel point, notamment pour les agriculteurs isolés géographiquement mais aussi socialement, il est dur de demander de l'aide.
La ministre a également annoncé « un plan d'amélioration de la prévention et de l'accompagnement du mal-être agricole », avec des premières mesures prévues début 2027.

Annie Genevard souhaite que la « dimension humaine » et la prévention soient systématisées dans les réponses du gouvernement aux crises (climatiques, sanitaires, économiques), mais aussi la création d'une méthode robuste de mesure du mal-être agricole, des données souvent difficiles à rassembler.