Affaire Jegou-Auradou : pourquoi la Cour suprême de Mendoza a confirmé le non-lieu
Nous avons consulté l’arrêt par lequel la Cour suprême de Mendoza rejette le recours de la plaignante et confirme le non-lieu d'Oscar Jegou et Hugo Auradou. Contradictions, expertises et témoignages : voici pourquoi les juges ont tranché en faveur des internationaux français.
La décision était attendue depuis plusieurs mois. Elle est désormais motivée sur plus de cinquante pages, et dans le détail. Ce jeudi, la Cour suprême de justice de Mendoza a rejeté le recours en cassation formé par la plaignante et confirmé le non-lieu dont bénéficient Hugo Auradou et Oscar Jegou, mis en cause pour viol aggravé après la nuit du 6 au 7 juillet 2024, en marge de la tournée du XV de France en Argentine. Les trois magistrats ont considéré que les juridictions précédentes avaient correctement apprécié les éléments du dossier et qu'il n'existait pas de charges suffisantes pour justifier la tenue d'un procès. Au cœur de leur raisonnement figurent d'abord les différentes déclarations de la plaignante.
Des messages envoyés après les faits examinés
L'arrêt s'attarde également sur les échanges WhatsApp entre la plaignante et son amie Delfina D. au lendemain des faits. Ceux-ci avaient été intégrés au dossier pour confronter les déclarations ultérieures de la jeune femme à ce qu'elle avait raconté dans les heures suivant son départ de l'hôtel Diplomatic. La Cour relève que, dans ces premiers messages et audios, les événements ne sont pas présentés comme une situation traumatique. Ce n'est que plus tard, au cours de leurs échanges, que son amie utilise les termes de "violence" et d'"abus". Les magistrats ne considèrent pas ces messages comme une preuve autonome de l'absence d'agression, mais comme l'un des éléments permettant d'apprécier la cohérence générale du récit. La décision revient aussi longuement sur l'expertise psychologique réalisée dans le cadre de l'enquête. Les psychiatres avaient estimé que le récit de la plaignante ne leur apparaissait pas "spontané" et avaient relevé "contradictions, incohérences, fabulations et exagérations". Ils évoquaient également une possible influence extérieure, notamment celle de son amie, et concluaient que le récit ne réunissait pas, selon leurs critères, les conditions de crédibilité et de validité.
Des lésions jugées "non spécifiques"
Le volet médical occupe lui aussi une place importante dans l'arrêt. Les médecins légistes interrogés sur les ecchymoses et différentes lésions constatées n'ont pas été en mesure de les rattacher avec certitude aux violences décrites. Certaines pouvaient avoir plusieurs mécanismes de production et les lésions sont qualifiées de "non spécifiques". Leur existence n'est donc pas contestée, mais les expertises ne permettent pas d'en déterminer l'origine ni d'établir qu'elles résultent des faits dénoncés. La Cour évoque également un élément médical : la plaignante souffre de la maladie de von Willebrand, un trouble de la coagulation pouvant favoriser l'apparition d'hématomes. Les médecins ont expliqué que cette pathologie, associée notamment à la prise d'anti-inflammatoires, pouvait favoriser l'apparition d'ecchymoses après des contacts ou pressions de faible intensité. Les magistrats prennent soin de préciser que cet antécédent ne permet pas, à lui seul, d'établir l'origine des lésions. Il constitue néanmoins une explication alternative plausible.
Les témoignages recueillis dans l'hôtel sont également évoqués. Aucun des témoins cités par la Cour ne dit avoir entendu des cris ou des coups provenant de la chambre. Un responsable de la sécurité du Diplomatic affirme qu'aucun incident ne lui avait été signalé et décrit cette nuit comme "très tranquille". La Cour ne transforme pas cette absence de témoignage en preuve que les faits n'ont pas existé : elle constate qu'aucun élément périphérique ne vient corroborer les points centraux du récit de la plaignante. C'est finalement l'accumulation de ces éléments qui conduit les magistrats à écarter l'hypothèse d'un procès. L'arrêt insiste sur un principe : une personne ne peut être renvoyée devant une juridiction de jugement dans le seul espoir que les débats permettront de combler les insuffisances de l'enquête. Il faut disposer auparavant d'éléments suffisamment solides pour envisager raisonnablement une condamnation. Pour la Cour suprême de Mendoza, ce seuil n'est pas atteint.
Libarona : "Une fausse accusation très grave"
Contacté après la décision, Rafael Cuneo Libarona, avocat argentin des deux internationaux français, s'est montré beaucoup plus offensif. "Nous avons pu démontrer qu'il s'agissait d'une fausse accusation très grave. Désormais, la plaignante, Soledad L., et Natacha Romano devront répondre devant la justice argentine et devant le barreau", nous a-t-il déclaré, annonçant ainsi la volonté de la défense de donner une suite à cette affaire. L'avocat a également tenu à défendre les deux joueurs : "Oscar Jegou et Hugo Auradou sont deux excellents professionnels et des personnes remarquables qui ont été injustement détenus à cause d'un mensonge très grave." Le dossier n'est pourtant peut-être pas totalement refermé. Si le recours en cassation est rejeté et le non-lieu confirmé à Mendoza, l'arrêt prend formellement acte de la "réserve fédérale" formulée par la partie plaignante, préalable à un éventuel recours devant la justice fédérale argentine.