Affaire Bardella, le RN a t-il vraiment changé ?
Le Rassemblement national a-t-il vraiment changé ? C’est LA question. Celle qui viendra inévitablement dans les heures, les jours et les mois qui viennent, à l’esprit des électeurs tentés par un vote RN.
Publié le jeudi 1 octobre 2026 à 07:42
Je ne parle pas des plus fidèles, absolument certains de renouveler leurs votes de 2022 et 2024, ils pèsent un peu plus de 20% du corps électoral, soit les 2/3 des intentions d’aujourd’hui en faveur de Marine Le Pen, et resteront imperméables aux vilenies propagées par des media hostiles.
D’autres estimeront sûrement que quelques relents regrettables d’antisémitisme ancien ou dissimulé sont le prix à payer pour le changement de mai prochain, la grande alternance qu’ils appellent de leurs vœux.
Mais que feront les plus fraichement convertis, ceux qui 10 ans plus tôt, n’auraient pas imaginé une seconde, pouvoir glisser dans l’urne un bulletin FN, et que Le Pen et Bardella ont su convaincre que le parti avait changé ? Comment réagira cette « génération dédiabolisation », celle qui a cessé de croire que le Rassemblement national représente un réel danger pour la démocratie ? Danger redouté en 2017 par 62% des Français sondés par IPSOS… 49% aujourd’hui.
Entre ces deux dates, l’extrême droite a vu l’émergence d’un jeune homme aux allures de gendre idéal, surdoué des plateaux télé et des réseaux sociaux, un aimant à selfies désormais abonné aux pages papier glacé des magazines people. Jordan Bardella, qui a tant œuvré pour faire du RN un parti convenable, sera-t-il celui qui symbolise le chemin inverse ?
Les électeurs tiendront-ils rigueur au RN de ces propos qui n’ont pas été assumés comme des propos de jeunesse ? L’an dernier, confrontée aux écrits racistes, antisémites, homophobes que la députée du Pas-de-Calais Caroline Parmentier avait signé pendant plus de 30 ans, jusqu’en 2018, dans le journal Présent et que Mediapart avait exhumés -défense de Pétain, éloge de Brasillach, injures pour Simone Veil- l’intéressée avait fini par exprimer des regrets. Tandis que Marine Le Pen expliquait que si son amie avait changé, c’était grâce à elle, qui l’avait convaincue d’abandonner (je cite) des « pensées inadmissibles ». Prière de la croire sur parole : au RN, toutes les brebis ne se valent pas, certaines sont moins galeuses que d’autres, seule la patronne et candidate dispose d’un pouvoir d’absolution.
Vous ne la croyez pas sincère dans son combat contre l’antisémitisme ?
Marine Le Pen n’a jamais été personnellement prise en défaut. Mais elle a souvent composé avec les antisémites de son entourage et de son parti -la liste a été longue. Jusqu’à ce que ceux-ci deviennent trop voyants ou que leurs propos fassent scandale. Ce fut le sort de son père, Jean-Marie Le Pen sacrifié en 2015 après la répétition de saillies antisémites et révisionnistes dont sa fille s’était accommodée pendant plus de 40 ans.
Aujourd’hui encore, ses fréquentations interrogent. Dans l’enquête IPSOS d’il y a 15 jours pour La Tribune dimanche, le tout premier frein identifié au vote RN était la présence dans l’entourage de Marine Le Pen, de trop nombreuses personnes aux idées extrémistes, idée partagée par 66% des sondés.
L’affaire Bardella au fond, ravive des plaies anciennes au RN et pose à la candidate, dans son rapport aux Français, la question centrale de la sincérité et de la dissimulation. Menacer la presse, éructer contre les « dingueries », risque de ne pas suffire.
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France Inter
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