Affaire Bardella : le dilemme de Marine Le Pen

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Marine Le Pen et Jordan Bardella le 14 juillet 2026.

© VALERY HACHE

Michèle Cotta 04/10/2026 à 07:55, Mis à jour le 04/10/2026 à 07:55

L'ŒIL DE MICHÈLE COTTA - Les accusations de Mediapart contre Jordan Bardella déstabilisent la quadruple candidate à la présidentielle, et montrent sa dépendance politique vis-à-vis du patron du Rassemblement national.

«Mediapartflop » ? Pas sûr. Jordan Bardella et ses défenseurs au sein du Rassemblement national ont beau se dire ragaillardis par les preuves fournies ce jeudi par Mediapart, après sa première salve contre le président du Rassemblement national, et afficher les deux plaintes consécutives déposées en justice, la première pour diffamation, la seconde pour faux et usage de faux, la page est loin d'être tournée, l'affaire n'a pas fait pschitt.

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Certes, l'idée que les archives Meta peuvent, à la demande, retrouver et republier à l'usage de qui les leur demande des correspondances informatiques personnelles datant de plus de dix ans a de quoi effrayer n'importe quel utilisateur de réseaux sociaux. Il est vrai aussi que, pour certains, la jungle des data reste insaisissable, donc discutable. Il est donc aisé d'ironiser sur ces « preuves » qui ont l'air de sortir des profondeurs et des manipulations de nos ordinateurs, et qui pourtant ont été considérées telles par un constat d'huissier.

Mais enfin, les dénégations de Jordan Bardella et de ses partisans ne suffisent pas à éteindre le débat. Certes, ni Bardella ni Marine Le Pen elle-même ne reviendront sur leurs premières réactions: il est archi-faux, selon eux, de dire que les messages relevés et révélés par Mediapart aient pu, à quelque moment que ce soit, être rédigés par un Jordan Bardella de 17 ans. Jamais le président du RN ni la candidate à l'élection présidentielle ne reviendront sur leur premier mouvement : tout cela a été inventé de toutes pièces pour déstabiliser leur parti, à un moment où les sondages sur l'élection présidentielle révèlent l'avance solide de la candidate sur tous ses poursuivants. Bouger d'un iota leur réponse apparaîtrait comme une hésitation, donc le début d'un aveu. Pas question de le faire. Même si, à l'époque, il buvait les paroles d'Alain Soral, idéologue décomplexé de l'antisémitisme. Même si, alors, il appartenait, pour des raisons intimes, presque familiales, au clan de Frédéric Chatillon, qui n'a jamais passé, en la matière, pour un modéré.

Piège

Sans doute Marine Le Pen, qui n'est pas née de la dernière pluie, réfléchit-elle elle-même en ce moment à la tuile qui vient de lui tomber sur la tête. Elle ne l'attendait naturellement pas. Mais c'est elle qui avait repéré le jeune Jordan Bardella il y a quelques années, elle qui lui avait fait gravir à toute allure les marches vers le pouvoir, elle encore qui a mis ce jeune homme dans la position, finalement incommode, d'être candidat à la présidence de la République si son procès tournait mal. Elle enfin qui a signé, en quelques secondes, la fin des rêves que Jordan Bardella avait bien du mal à cacher à tous ceux qu'il croisait, et qui a, durement, spectaculairement, sur le moment, accusé le coup, mâchoires serrées : il ne serait plus, jusqu'en mars 2027, que le second, et non celui qu'il était quasiment certain de devenir, le n°1, à la conquête de l'Élysée.

Dans les premiers moments où Marine Le Pen a imposé Bardella à son entourage politique, quelques-uns de ses lieutenants avaient tordu le nez. Naturel en somme : ils se battaient à ses côtés depuis des années, et voilà qu'ils étaient coiffés au poteau par un jeune militant resté jusque-là dans les profondeurs du mouvement. De quoi protester, s'indigner presque, jusqu'à ce que la dirigeante du FN leur fasse savoir, en quelques mots dénués d'ambiguïté, qu'ils étaient priés de se taire, sans manifester le moindre état d'âme. Ce qu'ils ont fait, pliant le dos sous l'oukase. Sauf sans doute ceux d'entre eux qui avaient commencé à militer au Front national avec le jeune Bardella, et qui se sont retrouvés, dernièrement, parmi les interlocuteurs des journalistes de Mediapart.

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Bardella élargit le socle du RN

Le problème est qu'aujourd'hui comme hier, Marine Le Pen a besoin de Jordan Bardella. D'abord parce que le désavouer, ce serait se désavouer elle-même. Ensuite parce que, en donnant à son mouvement une autre incarnation, le jeune homme a bel et bien réussi à élargir le socle du Rassemblement national : plus proche des patrons, qui avaient toujours boudé Marine et qu'elle-même, d'ailleurs, n'aime guère, plus imaginatif et plus ouvert sur la question des retraites, plus proche en un mot de la droite classique et surtout de la frange des Républicains dont elle aura sans aucun doute besoin au second tour de l'élection présidentielle pour s'assurer une majorité.

En réalité, ce n'est pas tant l'accusation d'antisémitisme qui fait peur à Marine Le Pen, même si elle a voulu « dédiaboliser » le Front, puis le Rassemblement national : elle n'est pas certaine, pas plus que les observateurs politiques, que cette accusation-là entraînerait, chez ses militants, une désaffection significative. En revanche, elle ne peut pas remettre la carte Bardella dans sa poche, car elle est désormais devenue, pour son électorat, un atout.

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