"On se sert de ce dossier pour se donner bonne conscience" : dernières paroles à la défense
Ce jeudi, les avocats de la défense ont pris la parole une dernière fois pour tenter de convaincre la cour d’être clémente vis-à-vis de Romain Bouvier et Loïk Le Priol. Le délibéré, lui, sera rendu demain.
Dernières cartouches, façon de parler, de la défense avant le délibéré de demain. Maître Rey-Gascon, conseil de Romain Bouvier, est à la barre. Elle demande aux jurés d’arrêter de croire aux légendes et d’entendre, in fine, que la matière humaine est éminemment plus complexe qu’avait bien voulu le dire l’avocat général dans son réquisitoire, la veille au soir. Elle s’adresse frontalement à eux : "Vous avez tous vu les témoins. Ils ont changé de version plusieurs fois au cours de l’instruction et pourtant, toute l’accusation de M. l’avocat général repose sur ces témoignages fragiles, bancals. On parle de “tandem maléfique”, c’est bien, ça fait vendre du papier. Pourtant, rien n’est noir ou blanc dans cette affaire. Mesdames et messieurs les jurés, vous avez en effet hérité là d’un dossier particulièrement complexe. Mais prenez garde au fantasme qui entoure le personnage de Romain Bouvier (il encourt vingt ans de réclusion, N.D. L.R.), à propos duquel le psychanalyste a répété qu’il ne revêtait la moindre dangerosité." Puis elle poursuit : "Je sais que la famille Aramburu est extraordinaire. Je sais que M. Hegarty est un homme digne. Mais tout ça ne fait pas de Romain Bouvier un moins que rien. Si vous n’en tenez pas compte, on aura mal jugé ce dossier. Ne pensez pas qu’il y a d’un côté les saints et de l’autre, les épouvantails. Depuis quinze jours, j’ai l’impression d’être dans un conte de Perrault, un conte où on parle de monstres et de dinosaures. Finalement, j’ai l’impression que l’on se sert tous de ce dossier pour se donner bonne conscience, pour oublier que l’extrême droite est aux portes du pouvoir."
Loïk Le Priol ne vous demande pas d’être acquitté
Xavier Nogueras, qui défend Loïk Le Priol depuis l’affaire Klein en 2015, prend alors le relais de sa consœur. Lui aussi veut rappeler que défendre un accusé n’implique ni d’oublier la victime ni de nier la douleur de ses proches. "Je peux défendre et être rempli d’humanité. Je peux défendre et ressentir la peine de la famille et des proches. J’ai aussi pleuré, en regardant pour la première fois les images de vidéo-surveillance. Il est ainsi hors de question que je dise quoi que ce soit qui puisse salir la mémoire de Federico Martin-Aramburu. Nous ne renverserons jamais l’accusation pour faire croire que la victime est aussi responsable de ce qui est advenu." Puis Nogueras regrette que ce procès ait pris très vite une dimension politique alors que la cour n’a jamais donné de qualification raciste à l’assassinat de l’ancien rugbyman argentin. "Ce contexte a pollué les débats et certainement contaminé les versions des témoins", ajoute-t-il.
Ceci posé, le conseil du principal accusé, qui encourt 27 ans de prison, en vient aux faits et au déroulé de la nuit du 19 mars 2022. "M. Le Priol part à la recherche des rugbymen parce que son ego est blessé, parce qu’il a perdu la face devant ses amis et qu’il ne le supporte pas. Il veut en découdre mais ça ne veut pas dire qu’il veut tuer. Alors, lorsqu’il arrive à proximité des rugbymen, M. Aramburu le percute pour protéger son ami Shaun Hegarty et parce qu’il juge M. Le Priol dangereux. Loïk se sent en danger et tire ". Et plus loin : "M. Le Priol ne vous demande pas d’être acquitté, mesdames et messieurs les jurés. Il demande juste à ce que vous l’entendiez". En conclusion, Xavier Nogueras s'adressait à son client : "Vous qui aimez tant la mer, M. Le Priol, je vous souhaite de la revoir le plus tôt possible, et certainement pas dans vingt-sept ans". Demain matin, Romain Bouvier et Loïk Le Priol prendront une dernière fois la parole salle Voltaire puis la cour se retirera durant de très longues heures. Le délibéré est vraisemblablement attendu en fin d’après-midi.