Maria, la veuve d'Aramburu, fait face aux images de vidéosurveillance dans la salle

Pour ce quatrième jour d’audience, les auditions des enquêteurs de la brigade criminelle se poursuivent. Dans la salle, la présence de la presse reste importante. D'anciens joueurs de rugby se succèdent également dans la salle. Vincent Denieu, qui a évolué à Dax avec Federico Aramburu, ou encore Pierre Rabadan sont venus apporter leur soutien à la famille de l’ancien international argentin.

Une nouvelle fois, les vidéos de surveillance vont occuper une place centrale dans les débats. Les images tournées au Mabillon sont diffusées dans la salle d’audience et permettent aux enquêteurs de revenir, seconde par seconde, sur les événements qui ont précédé la bagarre. À 5 h 23, on voit Loïk Le Priol installé à une table en terrasse sortir un couteau pliant. Il tape la lame contre son verre. Lyson Rochemir agite à son tour le couteau.

Quelques instants plus tard, les images montrent l'accusé approcher la lame du visage de Lyson Rochemir, avant qu'il ne le range dans sa poche. Elle ne semble pas manifester de peur. Le Priol se comporte, selon les enquêteurs, "comme s’il était chez lui". Une autre vidéo observée par les enquêteurs avant la bagarre montre Le Priol descendre aux toilettes. Lorsqu’il remonte, il s’arrête, sort une arme, la charge et la remet dans son pantalon.

Le tirage de capuche ? Un geste "d'agacement" suggère l'enquêteur

Puis vient la scène du départ de l’établissement. Les images montrent Federico Martin Aramburu, jusque-là installé dans sa chaise, échangeant avec Shaun Hegarty et mangeant sans se montrer particulièrement volubile ou agité. Au moment de quitter le Mabillon, Loïk Le Priol esquisse un geste difficile à interpréter. Federico Aramburu le saisit alors par sa capuche et le tire. Sa chute est amortie par un tabouret. Comment interpréter ce geste ? "L’agacement", suggère l’enquêteur. Mais il ne s’agit pas, selon lui, d’une volonté de lynchage. Le policier estime également que Le Priol déclenche la bagarre dès qu'il se relève. Hugues Vigier, l'avocat de Bouvier, revient longuement sur cette séquence.

Bien sûr, explique-t-il en substance, Federico Martin Aramburu ne voulait tuer personne. Mais son geste est violent. L’avocat insiste notamment sur la chute de Le Priol. S’il n’y avait pas eu les tabourets pour amortir sa chute, il aurait pu tomber sur la tête. Les enquêteurs s’attardent ensuite sur la séquence des tirs. Julien Noguerra est le troisième policier à intervenir. À la projection des vidéos, les parents de Federico Martin Aramburu quittent la salle, Maria décide de rester avec son papa.

Une question est soulevée à l’audience : pourquoi la Jeep s’arrête-t-elle à hauteur des deux rugbymen alors que ceux-ci cherchent Le Priol ? Pourquoi Bouvier descend-il de la Jeep ? La défense explique que Federico Martin Aramburu le provoque. L’arme ancienne utilisée par l’accusé nécessitait par ailleurs d’être rechargée après chaque tir. Et quatre tirs sont effectués en quatre secondes. Federico Aramburu, lui, recule pendant toute la séquence. Il est déstabilisé, fait des pas chassés et recule jusqu’au trottoir.

Six tirs en 45 secondes

Le Priol arrive alors à sa hauteur. L’Argentin le pousse contre la vitrine du magasin Geox. Les deux hommes chutent au sol, se relèvent immédiatement et s’empoignent à nouveau. La scène ne dure que quelques secondes. Shaun Hegarty intervient alors pour tenter de les séparer. Ce sont notamment les enregistrements audio qui permettent aux enquêteurs de reconstituer la suite. Un nuage blanc, un flash, puis les détonations. Six tirs sont entendus. Pas de tir de sommation, selon l’enquêteur. Et en 45 secondes, impossible, estime-t-il, de parler d’une séquence dans laquelle les tirs auraient été simplement destinés à intimider. "Quand on vide un chargeur, c’est qu’on veut tuer", affirme-t-il à l’audience. Le deuxième enquêteur confirme ce constat déjà formulé la veille par le commissaire.

Un premier tir, explique-t-il, pourrait éventuellement traduire un mouvement de peur ou de panique. Mais à partir de plusieurs tirs, "on n'est plus dans un tir de riposte". Les enquêteurs sont unanimes. Il n’y aurait quasi eu aucun temps de latence entre les tirs. La défense tente d'expliquer cela par la formation commando reçue par Le Priol. Le policier lui rétorque "un commando ne doit pas tirer à six reprises sur un civil". Julien Noguerra lui parle d'exécution.

La fuite de Le Priol étudiée

Autre élément observé par les enquêteurs, l’attitude de Loïk Le Priol immédiatement après la scène. Est-il sonné ? Les images ne le montrent pas ainsi. Dans sa démarche, il ne semble pas désorienté. Il part même en courant. Pour les enquêteurs, cette attitude compte dans la reconstitution des secondes qui suivent les tirs.  L’audience revient également sur la déambulation de Lyson Rochemir après les faits. Elle reçoit plusieurs textos de Loïk Le Priol et lui obéit. Elle va stationner la Jeep dans un parking afin, selon les enquêteurs, de dissimuler des éléments liés aux faits, puis récupère sa Fiat 500 devant le Mabillon. Pour les enquêteurs, la fuite de Loïk Le Priol constitue également un élément important.

Après les faits, l’accusé quitte la France. Il est finalement contrôlé six jours plus tard à la frontière entre la Hongrie et l’Ukraine, alors qu’Interpol avait diffusé un signalement. Romain Bouvier, lui, est retrouvé grâce à l’utilisation de sa carte bancaire dans la Sarthe. C’est ce qui permet aux enquêteurs de procéder à son interpellation. Il n’oppose aucune résistance. L’enquêteur précise même que Bouvier avait envisagé de se rendre lui-même à la gendarmerie avant son arrestation. Pour l’accusation, la fuite de Le Priol est difficilement compatible avec l’hypothèse d’une légitime défense.

Modélisation 3D

En fin de journée, Bruno Guilloson, expert judiciaire, se présente devant la barre. Son travail est colossal. Il a reconstitué les événements grâce à seize caméras de surveillance de plus ou moins bonnes qualités. Il propose plusieurs vidéos des différentes scènes. Rarement une scène d'homicide n'a été autant décortiquée. Maria fixe les écrans de la salle d'audience. La violence sonore des dix tirs résonne. La salle est figée, les deux accusés stoïques. À l'appui de ces images, la partie civile démontre que Federico Martin Aramburu n'a pas touché le visage de Le Priol lors de leur deuxième altercation.

Le Priol n'était donc pas en danger avant de sortir son arme, ce que conteste la défense. Me Xavier Nogueras, l'avocat de Loïk Le Priol, demande à l'expert pourquoi il ne montre pas Aramburu pousser Le Priol quand il arrive à sa hauteur. La défense interroge ensuite l'expert sur la modélisation 3D des vidéos. M. Guilloson n'est pas contre l'utilisation de la technologie mais cela peut être dangereux car la source médiocre peut déformer la réalité. Le président du tribunal demande à l'expert de visualiser cette modélisation afin de donner son avis. Pour lui, on impose un imaginaire.