"Tandem maléfique" : on connaît les peines requises contre les quatre accusés
C’était un moment très attendu de ce procès hors norme. Ce mercredi, l’avocat général Philippe Courroye a pris la parole devant la cour d’assises pour livrer son réquisitoire dans le procès de la mort de Federico Martin Aramburu, survenue en mars 2022 sur le boulevard Saint-Germain, à Paris. Vingt-sept ans de prison ont été demandés pour Loïk Le Priol, principal mis en cause.
C’était un moment très attendu de ce procès hors norme. Ce mercredi, l’avocat général Philippe Courroye a pris la parole devant la cour d’assises et les deux filles de la victime (Trinidad et Justina) pour livrer son réquisitoire dans le procès de la mort de Federico Martin Aramburu, survenue en mars 2022 sur le boulevard Saint-Germain, à Paris. Après plus de deux semaines d’audience et une plaidoirie de quatre heures, il a détaillé, pour chacun des quatre accusés, les responsabilités qu’il retient et les peines qu’il estime devoir être prononcées. Aujourd'hui, il requiert donc contre Loïk Le Priol 27 ans de réclusion pour assassinat et 20 ans contre Romain Bouvier pour tentative d’assassinat. Concernant la conductrice de la Jeep Lyson Rochemir, l’avocat général a demandé à ce que le grief de complicité d’assassinat, passible de la perpétuité, soit requalifié en une simple entrave à l’enquête : il requiert pour elle trois ans d’emprisonnement, dont douze mois avec sursis. Enfin, il a requis à l’encontre d’Antony Sorrentino, l’homme ayant aidé Romain Bouvier dans sa fuite, trois ans d’emprisonnement dont vingt-quatre mois avec sursis.
À la barre, l’avocat général est d’abord revenu sur la façon dont Maria, la veuve, a appris la mort de son mari. "Federico Martin-Aramburu n’est pas mort d’un infarctus, pas mort d’un accident. Il est mort, sur un trottoir, parce qu’il a reçu six balles dans le corps." Ses agresseurs, le “tandem maléfique” Romain Bouvier et Loïk Le Priol, s’étaient rencontrés quelques années plus tôt par l’intermédiaire du Gud, un mouvement radical d’extrême droite dont l’idéologie restera toujours ancrée en eux. "Ce ne sont pas des scouts inoffensifs, poursuit Courroye. Leur vie, c’est une histoire de violence, de défi, de haine raciale." Le couple Rochemir – Le Priol ? Il se forme quant à lui cinq ans avant les faits. L’étudiante en psycho est fascinée par la personnalité de Le Priol alors qu’à l’époque, son "chat" est déjà mis en examen dans l’affaire Klein, au cours de laquelle il a passé à tabac un des leaders du Gud, Edouard Klein. Puis Philippe Courroye en vient à la nuit du 19 mars 2022 : "Ce dossier, c’est l’enchaînement d’une mécanique meurtrière qui conduit à l’irréparable. La mort pour rien, la mort pour un rien "
"C’était une chasse et leur gibier s’appelait Aramburu", dit l’avocat général
Cette nuit-là, Aramburu et Hegarty sortent donc du night-club le Pousse au Crime, "un nom prédestiné", et s’arrêtent au Mabillon. "Cinquante minutes plus tard, M. Aramburu ne verra pas le soleil se lever." Au café, Loïk Le Priol donne l’impression aux témoins "de vouloir dominer la terrasse." Après la première bagarre, les deux rugbymen s’éloignent de la scène. Pour eux, l’histoire est terminée. "Bouvier et Le Priol, eux, sont dans un état de fureur et n’ont qu’une idée en tête, celle de retrouver au plus vite les rugbymen pour se venger." Au vigile de l’établissement, Romain Bouvier dira d’ailleurs : "Pourquoi les avez-vous laissés partir ? On voulait les niquer !" Un autre témoin assurera aussi avoir vu Loïk Le Priol charger son pistolet et répéter : "Je vais le tuer ! Je vais le tuer ! "Courroye enchaîne : "Mais ça, dit-il, la défense des accusés persiste à le nier en bloc, posant tellement de questions aux témoins que si je me trouvais à la barre, ils pourraient me faire croire que je suis blonde aux yeux bleus." Courroye, sexagénaire aux tempes blanches et au crâne pelé, poursuivait, sur le thème de la préméditation selon lui indubitable : "Il y a une volonté commune, un dessein partagé de retrouver Shaun Hegarty et Federico Martin-Aramburu. Les deux hommes partent alors en chasse et leur gibier, c’est Aramburu, celui qui a préalablement humilié le "grand" Le Priol en lui tirant la capuche." Leur cible en vue, Romain Bouvier, puis Loïk Le Priol, videront leur chargeur sur l’Argentin. "À votre arrivée à proximité des rugbymen, M. Bouvier, vous dites avoir imaginé que votre ami Le Priol était KO, au sol. Alors, vous avez tiré. C’est dangereux, d’imaginer, M. Bouvier. Surtout lorsqu’on est armé…" De facto, les tirs de Bouvier n’ont pas été mortels mais selon les experts, on le doit avant tout au hasard des trajectoires. "Il faut bien distinguer, mesdames et messieurs les jurés, le résultat de l’intention."
"Les yeux de Federico réclament justice"
À présent, le réquisitoire s’attarde sur Loïk Le Priol. Au sujet de l’ancien commando, le magistrat en robe rouge explique : "M. Le Priol se lance dans une chasse à l’homme et, tel un chasseur, ralentit d’ailleurs à chaque intersection". Le mobile ? L’honneur bafoué, la blessure narcissique. "On ne piétine pas impunément l’orgueil de Loïk Le Priol, mesdames et messieurs. Gardez bien ça à l’esprit." Dans la foulée, Philippe Courroye rappelait aussi le témoignage d’un gardien de prison ayant rapporté une conversation téléphonique de Loïk Le Priol à Fleury-Mérogis, au fil duquel l’accusé disait : "Ce que j’ai préféré, c’est de lui avoir collé quatre bastos dans le buffet." Concernant la légitime défense que mettent en avant les accusés, l’avocat général avançait : "Si j’en crois leurs dires, on peut suivre un civil en plein Paris, lui tirer dessus et décréter la légitime défense. Bienvenue au far west !" Mais Lyson Rochemir, alors ? Le propos de Philippe Courroye était ici limpide : "Elle se réfugie derrière la sidération mais ne m’a pas convaincu, lors de son passage à la barre. Elle ne cherche à raisonner personne, assiste aux tirs et s’en va. Elle est dans une attitude de soutien." Quant au dernier accusé, Antony Sorrentino, qui avait fait disparaître l’arme de Bouvier dans un plan d’eau des Yvelines, il a visiblement meurtri l’ego de l’avocat général après "avoir baladé la cour lors de son audition." "Il nous a pris pour des billes, pensant qu’on avalerait sa version de l’ami fidèle souhaitant venir en aide à Bouvier, supposément au bord du suicide." S’adressant en conclusion aux jurés, Philippe Courroye a lancé à la cour : "Romain Bouvier et Loïk Le Priol ont arraché un fils à Cecilia et Edgardo, un père à trois enfants magnifiques, un époux à Maria, un ami à tant d’autres. Mais si j’en crois un poème, mesdames et messieurs les jurés, les yeux qu’on ferme voient encore et ceux de Federico réclament justice." On saura, vendredi, si l’avocat général a été entendu.