Adaptation climatique et aménagement du territoire : Cremasco réclame plus de cohérence au gouvernement wallon

Le gouvernement wallon s'apprête-t-il à valider des projets immobiliers dans des zones inondables ? La députée wallonne Veronica Cremasco ne va pas jusqu'à affirmer cela. Mais l'élue écologiste dénonce les tergiversations de la majorité MR-Les Engagés en ce qui concerne l'alignement de sa politique urbanistique avec son Plan d'Adaptation aux changements climatiques. Et donc, potentiellement, la porte toujours ouverte à de tels cas de figure.

Pour l'illustrer, elle est venue cette semaine au parlement wallon avec deux dossiers sous le bras : un projet de 27 logements sur 2,7 hectares de prairies non loin de l'Ourthe à Esneux ; un autre de 30 logements sociaux à Nessonvaux (Trooz), sur un ancien terrain de foot qui a été submergé par plus de 2,50 mètres d'eau lors des inondations de 2021.

 Veronica Cremasco (Écolo).
Veronica Cremasco (Écolo). ©BELGA

Veronica Cremasco a donc interpellé les ministres François Desquesnes, en charge de l'Aménagement du territoire, et Cécile Neven, en charge du logement social, sur ces dossiers. Et à travers ceux-ci, plus largement sur l'incohérence, dit-elle, entre politiques urbanistiques et d'adaptation.

Le cas d'Esneux en est un bel exemple : "On parle de constructions sur pilotis, de moyens anti-crue, etc. C'est bien gentil, mais le seul effet c'est que ça va coûter plus cher." La seule bonne réflexion à avoir en matière d'aménagement du territoire, c'est la localisation des projets. Et clairement, là ça ne va pas. Construire ailleurs et maintenir à cet endroit un espace d'expansion des eaux et un véritable poumon vert, plutôt que d'y créer une nouvelle vulnérabilité, c'est ça la solution.

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Bien sûr, admet-elle, le ministre Desquesnes lui demande de ne pas lui faire un procès d'intention. Il lui a assuré qu'il serait attentif au dossier et rien ne dit que le projet verra le jour en l'état.

Est-ce suffisant ? Non, il faut une position constante et globale sur ce type de dossiers, dit Veronica Cremasco. Même lorsque des projets y sont déjà engagés sur papier, toutes les zones inondables ou ayant été inondées lors des crues de 2021 devraient faire l'objet d'un moratoire, dit-elle. Au moins en attendant que les analyses de risques par sous-bassin versant soient achevées (celle pour la Vesdre l'est, pas encore celle pour l'Ourthe).

D'ailleurs, le ministre Desquesnes s'en est lui-même octroyé la possibilité, rappelle la députée écologiste. Suite à une modification du code, il peut trancher sur l'opportunité d'un schéma communal et l'annuler s'il ne respecte pas la lutte contre les inondations. Alors, pourquoi se donner cette capacité juridique mais ne pas la mettre en œuvre concrètement dans un cas comme celui d'Esneux qui coche toutes les cases "risque inondation", interroge-t-elle. Rappelant au passage que, légalement, il est possible de bloquer un projet lorsqu'un schéma de développement communal est en cours d'élaboration et ainsi éviter d'autoriser des constructions qui ne colleraient pas avec la vision stratégique que la commune souhaite mettre en place.

Parce qu'une telle mesure prise de manière générale pénaliserait le secteur de la construction, lui renvoie-t-on ? "Non. Il faut au contraire soutenir le secteur et rediriger les entreprises vers la rénovation, ce qui leur offrirait un gisement de permis et de travaux pour des années."

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"La centralité, ce n'est pas tout bétonner"

En commission du parlement, la députée Cremasco a également relayé la contestation de collectifs de riverains contre deux projets immobiliers à Liège : 430 logements à Burenville sur une ancienne friche retournée à l'état d'espace naturel, et un hôtel et une résidence estudiantine dans le quartier du Cadran "sur le dernier espace vert non imperméabilisé du quartier Sainte-Marguerite". Ce sont là deux exemples qui vont à contre-courant d'une stratégie d'adaptation au réchauffement climatique qui veut qu'on sauvegarde et développe des "poumons verts" pour lutter contre les îlots de chaleur en zone urbaine. Le ministre Desquesnes lui a opposé qu'on ne peut pas à la fois défendre la "centralité" (développer l'habitat au cœur des centres urbains pour éviter l'étalement en dehors tel que prévu dans le code de développement territorial revu sous l'ancienne majorité dont faisait partie écolo) et dénoncer de tels projets. Mais le principe de centralité "ne donne en aucun cas un chèque en blanc pour tout bétonner ou faire n'importe quoi à l'intérieur des villes", rétorque la députée de l'opposition. Jugeant qu'il existe suffisamment de bâtis à aménager et rénover au cœur des villes que pour devoir encore ajouter plus de béton.

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