Zurich : premier mémorial en Suisse pour les victimes LGBTQIA+
Un nouveau lieu de mémoire sera inauguré jeudi à l'ombre des grands arbres centenaires du cimetière Sihlfeld, à Zurich. Pour la première fois en Suisse, un monument rendra hommage à toutes les personnes ayant subi des discriminations, des violences ou l'exclusion en raison de leur orientation sexuelle ou leur identité de genre.
Depuis trois ans, le cimetière Sihlfeld abrite un carré funéraire dédié aux personnes queer et à toutes celles et ceux qui se reconnaissent dans le symbole de l'arc-en-ciel.
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Un nouveau monument vient aujourd'hui compléter cet espace. Il inscrit dans la pierre la mémoire des personnes gays, lesbiennes, bisexuelles et transgenres disparues, qui se sont engagées pour les droits et l'égalité en Suisse.
"Certaines personnes ont souffert de discrimination, de haine et d'exclusion, et certaines en sont même mortes", rappelle Dominik Steinacher, co-président de HAZ – Queer Zurich, l'une des organisations à l'origine du projet, jeudi dans La Matinale de la RTS-
Pour Dominik Steinacher, préserver ces récits est essentiel. Oublier ces parcours reviendrait à effacer une partie de l'histoire de la communauté queer et les combats menés par les générations précédentes.
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Un combat toujours d'actualité
Le mémorial se veut également un symbole pour celles et ceux qui poursuivent ce combat aujourd'hui. Il rappelle que la lutte pour l'égalité et les droits des personnes LGBTQIA+ est un engagement collectif. "Cela doit symboliser notre solidarité, le fait que nous sommes tous ensemble, c'est-à-dire toute la communauté, unis dans un mémorial."
Ses concepteurs refusent toutefois de considérer les discriminations comme une réalité appartenant uniquement au passé. Dans un contexte politique où les droits des personnes queer restent, selon eux, fragiles en Suisse comme ailleurs, le monument entend également interpeller les générations actuelles.
Une colonne en mouvement
Le monument prend la forme d'une colonne en grès gris composée de cinq éléments de différentes épaisseurs. Ces éléments peuvent pivoter sur eux-mêmes. "On peut aussi s'amuser un peu avec le mémorial", décrit Dominik Steinacher. "Une manière de rappeler que nous devons sans cesse adopter une perspective différente et que nous avons le droit de remettre en question nos points de vue à tout moment."
Plus d'une centaine de cercles de différentes tailles ont par ailleurs été gravés dans la pierre, avant d'être remplis de mortier aux couleurs de l'arc-en-ciel.
Le monument n'a d'ailleurs pas été conçu comme une sculpture destinée uniquement à être contemplée. Quatre pierres permettent également aux visiteurs de s'asseoir, de rester quelques instants, de se recueillir ou de rendre hommage à des proches et à des personnes disparues.
"Ce mémorial était important pour nous, parce qu'il est public, il est accessible à tous", souligne Dominik Steinacher.
Un projet porté par la communauté
La réalisation du monument a mobilisé une vingtaine de personnes issues de la communauté queer. Pendant environ une semaine, elles ont participé à sa construction sous la direction des artistes Judith Schröter et Regine Brandt.
Le projet a bénéficié du soutien de nombreuses organisations de la communauté queer, mais aussi de fondations, de donateurs privés et d'organisations religieuses. Parmi les soutiens figurent notamment l'aumônerie VIH/SIDA de l'Eglise catholique du canton de Zurich et l'Eglise réformée de la paroisse de la ville de Zurich.
Après un carré funéraire et ce mémorial les organisations LGBTQIA+ réfléchissent déjà à la création d'une base de données recensant des parcours de vie, des engagements et des témoignages de personnalités queer ayant marqué l'histoire du pays.
Valentin Jordil