À Saint-Pierre-et-Miquelon, Emmanuel Macron et Mark Carney vont répliquer à Trump

l'essentiel Pour sa première visite présidentielle à Saint-Pierre-et-Miquelon depuis 2014, Emmanuel Macron veut inscrire l’archipel dans une nouvelle stratégie française en Atlantique Nord. Souveraineté maritime et numérique, climat, coopération avec le Canada : Paris entend transformer l’isolement géographique en atout géopolitique, en renforçant la coopération avec le Canada. Comme une réponse aux visées expansionnistes de Donald Trump...

C’est un bout de France presque au bout du monde que s’apprête à visiter Emmanuel Macron ce week-end avant d’aller assister à l’Assemblée générale des Nations unies la semaine prochaine. Un territoire sur lequel Laurent Wauquiez, alors candidat à la présidence des Républicains, voulait expédier les personnes sous obligation de quitter le territoire (OQTF) considérées comme dangereuses. Mais les 5 800 habitants de Saint-Pierre-et-Miquelon, puisque c’est de cet archipel au large du Canada dont il s’agit, en ont vu d’autres et cultivent leur liberté. L’archipel fut le théâtre, en décembre 1941, d’un ralliement à la France libre, sur ordre du général de Gaulle et malgré l’opposition des États-Unis. Une histoire française qu’Emmanuel Macron entend prolonger en faisant de l’archipel un avant-poste stratégique en Atlantique Nord.

La fausse carte postée par Donald Trump sur son réseau social.
La fausse carte postée par Donald Trump sur son réseau social. DR

C’est le sens de cette première visite présidentielle depuis celle de François Hollande en 2014. L’Élysée veut sortir Saint-Pierre-et-Miquelon d’une logique de compensation de l’insularité pour lui assigner une place dans la stratégie française en Atlantique Nord. Sécurité, souveraineté numérique, coopération militaire, ports, pêche et climat doivent former un même dispositif.

Le chef de l’État doit préciser le remplacement du patrouilleur Fulmar, annoncer des investissements dans les antennes satellitaires et pousser le projet d’un câble numérique souverain reliant l’Europe à l’Amérique via l’archipel. Des financements sont attendus pour les ports, tandis que la relocalisation du village de Miquelon, menacé par la montée des eaux, doit entrer dans une nouvelle phase avec des crédits pour 2027.

Avec le Premier ministre canadien

La séquence prendra surtout une dimension internationale dimanche avec la venue du Premier ministre canadien Mark Carney, une première pour un chef de gouvernement du Canada. Paris et Ottawa veulent approfondir leur coopération dans la défense, l’énergie, l’aéronautique, le spatial, le quantique ou l’intelligence artificielle. Le gouvernement canadien présente cette rencontre comme un moyen de renforcer le partenariat stratégique avec la France. L’archipel devient ainsi un point d’appui franco-canadien clé.

Reste le quotidien. Si l’Élysée projette l’archipel à dix ou quinze ans, plusieurs dossiers restent en retrait : la vie chère ne devrait pas être abordée dans le discours présidentiel, la délimitation de la zone économique exclusive ne sera pas rouverte et l’avenir de la pêche dépendra de négociations futures avec le Canada. Emmanuel Macron devra en tout cas convaincre que cette nouvelle centralité peut changer concrètement la vie des habitants.