À quoi sert l'école ? Notes, devoirs et rôle en Suisse

Chaque jour en Suisse, plus d'un million d'enfants et d'adolescents prennent le chemin des classes pour y passer, au total, quelque 7600 heures tout au long de leur scolarité obligatoire. OKI, le magazine jeunesse interroge des élèves romands sur leur vision de l'institution. Entre le besoin de repères et la quête d'épanouissement, leurs témoignages mettent en lumière les grands débats qui agitent le monde scolaire, des notes aux devoirs à la maison. 

Aux origines de l’école

Contrairement à l'idée reçue popularisée par la célèbre chanson de France Gall, ce n'est pas "ce sacré Charlemagne" qui a inventé l'école. Les premiers lieux d’enseignement sont apparus il y a environ 5000 ans, conjointement avec l'invention de l'écriture. Si l'empereur carolingien a donné une impulsion décisive en ordonnant, par "l’exhortation générale" Admonitio generalis en 789, l’ouverture d’écoles au sein de son empire, l'institution a mis des siècles à se généraliser. De plus, le texte de Charlemagne visait alors un objectif bien précis, très éloigné de nos standards modernes: il s'agissait de fonder des écoles dans les monastères et les évêchés pour former une élite de clercs et de fonctionnaires capables de lire, d'écrire et d'administrer ses territoires.

Il faudra encore plusieurs siècles pour que l’école soit accessible à tous les enfants. En Suisse, l'école publique, gratuite et laïque pour tous n'a été définitivement ancrée dans la Constitution fédérale qu'en 1874. Cette lente évolution s'est d'abord heurtée à la réalité économique de l'époque, notamment le travail des enfants dans les champs ou les usines. L'égalité d'accès entre filles et garçons, quant à elle, ne s'est que tardivement imposée au cours du XXe siècle, certaines filles quittant encore l'école plus tôt que les garçons, selon les cantons. 

Les notes: entre motivation et anxiété 

En Suisse romande, l'évaluation des élèves repose traditionnellement sur une échelle de notes allant de 1 à 6. Ce système, bien que solidement ancré, suscite de vifs débats au sein des familles et du corps enseignant. Les élèves eux-mêmes se révèlent d'ailleurs très divisés: si la note permet d'obtenir un repère de progression et une source de motivation, elle est aussi perçue comme un facteur de stress peu représentatif des compétences réelles. 

Des alternatives à ce modèle traditionnel existent à l'étranger. En Finlande, par exemple, les élèves ne reçoivent aucune note chiffrée avant l'âge de 10 ans, le système privilégiant un accompagnement descriptif et régulier. Les pédagogies alternatives, à l'image du modèle Montessori, choisissent également de s'affranchir des notes pour laisser chaque enfant progresser à son propre rythme. 

Les devoirs: vers la fin du travail à la maison? 

La question des devoirs à la maison constitue un autre point de crispation. Au-delà du temps qui y est consacré, les spécialistes de l'éducation pointent du doigt un problème majeur d'équité: un enfant soutenu par des parents disponibles progresse plus facilement qu'un élève livré à lui-même. De plus, l'impact des devoirs sur les résultats scolaires des plus jeunes est scientifiquement estimé comme minime. Ils ne deviendraient réellement bénéfiques qu'à partir de l'âge de 15 ans, lorsque l'adolescent acquiert une autonomie suffisante. 

Face à ces inégalités, certains pays adaptent déjà leur réglementation. En Belgique, par exemple, les devoirs sont strictement encadrés et limités au primaire. En Suisse, la tendance s'oriente vers la mise en place, dans certains établissements, de périodes d'études accompagnées et surveillées directement sur place, offrant une solution concrète pour décharger le cadre familial. 

Performance ou épanouissement ? 

Au-delà des structures, l'enquête concerne la mission fondamentale de l'école. Doit-elle se concentrer en priorité sur la réussite scolaire, l'obtention de "bons" résultats et la préparation rigoureuse au marché du travail ? Ou doit-elle d'abord veiller au bien-être de l'enfant, l'aider à grandir et à prendre confiance en lui ? 

Alors que le Plan d'études romand (PER) fixe un cadre harmonisé pour l'ensemble de la Suisse romande, les manières d'apprendre se diversifient, de l'école "hors des murs" en pleine nature à l'enseignement à la maison. Les témoignages et les analyses d'OKI apportent un éclairage précieux sur ces questions qui continuent de façonner l'école de demain. 

Reportage TV : Andrea Gringeri et François Egger

Adaptation web : Gaëlle Bisson

L'école suisse en chiffres

1'000'000: c'est, en chiffres ronds, le nombre d'enfants et d'ados qui fréquentent chaque jour l'école en Suisse (dont environ 740'000 au primaire et 290'000 au secondaire I).

95%: c'est la proportion d'élèves scolarisés dans le réseau public en Suisse, un des taux les plus élevés au monde. 

7'600: le nombre d'heures moyen qu'un élève passe dans une classe durant sa scolarité obligatoire. 

273 millions: à l'échelle de la planète, c'est le nombre alarmant d'enfants qui n'ont toujours pas accès à l'éducation.