Une expo gratuite à Paris révèle l’art chamanique de Zhenchen Liu
Une fois n’est pas coutume, pour admirer cette exposition, il faut pousser la porte de l’enseigne de vêtements haut de gamme Icicle, sur l’avenue George-V. À l’étage, la maison de mode chinoise tisse depuis 2019 une chatoyante programmation artistique, filant d’un univers à l’autre.
C’est le cas, jusqu’en octobre, de Zhenchen Liu, invité par la commissaire d’expositions Myriam Kryger à révéler ses derniers travaux. Né à Shanghai en 1976, formé aux Beaux-Arts de sa ville natale, puis à la Villa Arson de Nice et au Fresnoy de Tourcoing, l’artiste partage sa vie entre Hambourg, la Chine et Paris. Ce nomadisme sied à merveille à la pratique de ce touche-à-tout, qui travaille aussi bien la peinture que la vidéo ou des installations numériques. L’œuvre de Zhenchen Liu a ainsi circulé du Palais de Tokyo au MAXXI de Rome, en passant par le musée Reina Sofía de Madrid, et ses films ont été primés dans de grands festivals, de Locarno à Tokyo.
Images lenticulaires et pharmacopée chinoise
Chez Icicle, il a choisi de révéler deux séries que tout semble opposer. D’un côté, « Kaléidoscope », des compositions circulaires saturées de motifs géométriques, générées par ordinateur puis transférées sur des supports lenticulaires qui font vibrer l’image selon l’angle de votre regard. On s’approche et la surface bouge ; on recule, elle se recompose. Hallucinant !

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Zhenchen Liu, Kaléidoscope 2632–3, 2026
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Techniques mixtes • 32 × 32 cm • © Icicle
Dans la même salle d’exposition, il y a « Panacea », série fondée sur de la matière brute. Car l’artiste, féru de pharmacopée chinoise a récolté lui-même au gré de ses cueillettes dans les champs, puis broyé, des plantes médicinales, des minéraux, des champignons, parfois hallucinogènes, avant de les imprimer sur un papier de coton pur. « Je travaille avec le temps, avec les saisons, confie-t-il, ce sont des matières vivantes, alors je ne peux jamais vraiment les contrôler. » La surprise est réussie et révèle des champs colorés où subsistent, en creux, les traces de l’organisme dont chaque tableau procède.
Composer avec l’incertain
« J’aime l’imprévu, qu’il soit bon ou mauvais. »
Zhenchen Liu
Zhenchen Liu est un homme de protocoles mais aussi amateur d’expériences. Il aime laisser le hasard s’engouffrer dans ses créations : « Très souvent, je ne peux contrôler qu’une petite partie », résume-t-il. Une manière de composer avec l’incertain plutôt que d’essayer de le dompter.

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Zhenchen Liu, Série Panacea, 2023–2025
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© Icicle
Ce goût du non-maîtrisé se traduit dans sa pratique par un mélange de pigments, une réaction des champignons sur le papier humide, jusqu’à la façon dont une couleur peut encore évoluer des mois plus tard : « J’aime l’imprévu, qu’il soit bon ou mauvais », glisse-t-il, amusé.
Une pensée chamanique
Il y a du chaman chez Zhenchen Liu, quelque chose de l’ordre du soin : Panacea, en grec, désigne justement un remède universel. De fait, dans la pensée chinoise, tout circule, rien n’est figé, tout mute et « tout croît », pour reprendre le titre de ce brillant accrochage à voir en entrée libre à l’espace culturel Icicle.
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Zhenchen Liu - Là où tout croît
Du 3 juin 2026 au 5 octobre 2026
Espace Culturel ICICLE • 35 Avenue George V • 75008 Paris
eu.icicle.com