À Mons, un étudiant en art dramatique doit répondre d'agressions à caractère sexuel : Son avocat dénonce "une campagne de féministes combattantes"
C'est une affaire particulièrement délicate qui a été examinée devant le tribunal correctionnel de Mons. Un jeune homme originaire de la région du Rœulx est poursuivi pour des faits à caractère sexuel commis sans le consentement de deux femmes. Les faits se seraient déroulés à Mons en 2021 et à Bruxelles en 2018.
Pour comprendre le dossier, il faut remonter au 2 juin 2021. Ce soir-là, une soirée piscine est organisée chez les parents du prévenu. Une soirée que le jeune homme décrit lui-même comme "très désinhibée". Certains participants sont nus dans la piscine, d'autres s'embrassent. Lui-même échange des baisers avec une jeune femme avec laquelle il a entretenu jadis une relation de type "sex friends".
Après la soirée piscine, les deux jeunes montent à l'étage pour dormir. Faute de place, ils partagent le même lit. Le prévenu affirme lui avoir donné un pyjama avant qu'ils ne s'endorment côte à côte en écoutant un podcast. Mais, selon la jeune femme, alors qu'il dormait à côté d'elle avec le sexe en érection, il aurait également glissé une main dans sa culotte.
Le lendemain, elle lui aurait fait part de son malaise. Le jeune homme reconnaît s'être excusé, mais conteste avoir posé volontairement le moindre geste déplacé.
Le cercle
L'affaire prend ensuite une autre dimension lorsque la jeune femme convoque un groupe de parole, un cercle, au sein du conservatoire de Mons. Elle dénonce le comportement de son camarade de cours. Au cours de cette rencontre, une bruxelloise affirme avoir subi le même comportement déplacé, en 2018. Une plainte est déposée à Mons et l'affaire est mise à l'instruction.
Mons : Deux hommes placés sous mandat d'arrêt après des saisies de drogue et d'armesInterrogé par le tribunal sur l'épisode de 2021, le prévenu reste catégorique : "S'il y a eu un geste posé, c'était involontaire et accidentel. Je n'ai aucun souvenir et je me suis excusé." Il affirme également ne pas comprendre les accusations formulées à son encontre, notamment par l'autre plaignante. "Entre 2018 et 2021, on a fait des sorties ensemble, on est allé en vacances ensemble. Il ne s'est jamais rien passé entre elle et moi", assure-t-il devant le tribunal.
Les parties civiles chargent, le parquet reste prudent
Pour les avocates des parties civiles, ce ne sont pas des maladresses ou des mains baladeuses, "mais des actes intentionnels". Elles sortent des témoignages dans lesquels le prévenu est comparé à "un prédateur", "un homme qui ne respecte pas les femmes", "un homme qui considère les femmes comme un bout de viande". Pour les avocates, ce n'est pas un geste maladroit, "mais une répétition de comportement sur des jeunes femmes endormies"
Le substitut du procureur du roi demande l'acquittement "faute d'éléments matériels" pour les faits de 2018. Pour le fait de 2021, le parquet se penche sur le rapport du neuropsychiatre judiciaire, lequel ne relève aucune pathologie sexuelle. Toutefois, le prévenu aurait des problèmes de somnambulisme sexuel. Un sursis probatoire est requis pour régler ce problème.
La colère de Me Guttadauria
Me Fabrice Guttadauria plaide l'acquittement du jeune homme et dénonce une véritable "campagne à charge" montée contre lui "par des féministes combattantes".
Le pénaliste avoue être en colère. "Ce dossier est à l'image de l'époque que nous vivons, dans les relations hommes-femmes", dit-il, accusant les parties civiles, "d'instrumentaliser la justice pour arriver à leurs fins". Selon lui, elles desservent le combat "des vraies victimes d'agressions sexuelles".
L'avocat constate que dans ce dossier, "c'est la parole de l'un contre la parole de l'autre" et que le tribunal ne peut pas accorder plus de crédit à une version qu'à l'autre. "Il lui avait proposé de la ramener chez elle, de dormir avec quelqu'un d'autre ou dans un canapé. Elle a choisi de dormir avec lui, son ex-sex-friend, en mode cuillère". L'avocat n'écarte pas une parasomnie, un rêve érotique. Il exclut l'élément moral de l'infraction.
Arrêté pour avoir roulé trop vite à La Louvière, il avait 31 grammes de kétamine dans sa voitureLe prévenu a été auditionné à quatre reprises par les policiers, "hallucinés par la première déclaration de la plaignante", avant d'être "mis au pilori" sur la place publique et les réseaux sociaux "par une espèce de machine infernale contre le séducteur, le fédérateur devenu prédateur sexuel".
Me Guttadauria se demande comment son client a pu traverser cette période troublée, devenu un paria dans le cercle artistique. Très ému à la barre, le jeune homme évoque encore les conséquences de cette affaire sur sa vie. "J'ai mis un frein dans ma carrière artistique…", dit-il avant de fondre en larmes.
L'affaire doit désormais être tranchée par le tribunal correctionnel de Mons, sur base du nouveau Code pénal.