À la rencontre d'Harm van Veldhoven, le plus étonnant président de Pro League à Lommel : "L'Union n'est pas un exemple pour nous"

C'est un cas unique en Pro League : à Lommel, Harm van Veldhoven (63 ans) est président après avoir été joueur (de 1979 à 1985 puis de 1992 à 1995) et entraîneur (de 2000 à 2003). Il a fêté le cinquième anniversaire de son mandat avec une promotion parmi l'élite au printemps dernier.

Une remontée, 23 ans après la descente suivie par la faillite, qui doit tout au City Football Group, la holding d'Abu Dhabi qui possède douze autres clubs dans le monde*, avec Manchester City en tête de gondole. Six ans après le rachat, plus de 80 millions ont déjà été pompés dans ce petit recoin du Limbourg, juste avant la frontière néerlandaise.

Avant de se déplacer à l'Union samedi après une entame de championnat réussie (sept points sur quinze), Lommel et son modèle interrogent. D'excellente humeur et avec encore une pointe d'accent hollandais malgré sa naturalisation belge, le président en personne nous a reçus pour éclairer les quelques zones d'ombre.

Est-ce que l'ancien joueur du RWDM est heureux de se déplacer à Saint-Gilles samedi en étant juste devant Anderlecht au classement ?

(Rires). C'est vrai qu'on a plutôt bien commencé le championnat, d'autant plus avec notre calendrier difficile. Nos deux défaites, c'est sur le plus petit score à Charleroi qui a très bien débuté et contre le champion brugeois. Ce qui me rend encore plus heureux, c'est le niveau de jeu. On n'a pas volé nos points et on produit du beau football. C'est la philosophie qu'on veut mettre en place, celle du City Group.

Le City Football Group
Le City Football Group ©IPM Graphics / Didier Lorge

Cette philosophie n'est-elle pas plus facile à mettre en place en D1 qu'en D2 ?

Vous avez raison. Cela peut paraître paradoxal mais c'est plus simple pour nous de jouer en D1. En Challenger Pro League, on essayait aussi de construire le jeu mais les adversaires n'attendaient que ça pour nous prendre en contre.

guillement

On connaît notre place dans le City Group : Manchester est au sommet, on n'est pas là pour les titres.

C'est pour cela qu'il a fallu six ans entre le rachat et la montée ?

Entre autres. On a aussi dû trouver l'équilibre dans la composition du noyau. Il y avait sans doute trop de jeunes au début. Des grands talents mais qui devaient encore apprendre dans cette série difficile. La saison dernière, on a fait venir quelques joueurs d'expérience pour accompagner les jeunes et on est monté.

Dopé par l'employeur de Doku, 39 millions dépensés en transfert et une masse salariale gigantesque : Lommel n'a pas le droit à l'erreur à Dender

Pendant cinq ans, le City Group a permis à Lommel de dépenser près de 40 millions sur le marché des transferts dans une série où les autres clubs sont souvent sans le sou. Cela devait faire mauvais genre pour les grands patrons d'Abu Dhabi.

Non, c'est un projet sur le long terme. Le but était de remonter en D1 mais aussi de déjà former des jeunes talents, de les aider à se développer. On parle toujours de nos dépenses mais on oublie de dire qu'on a aussi très bien vendu depuis la D2. Ugalde est parti pour quatre millions et Vinicius a rapporté près de quatorze millions.

Cet été, pour le retour en D1, vous n'avez, par contre, quasi rien dépensé (500 000€ pour Gooijer des jeunes de l'Ajax). Pourquoi ?

On n'allait pas faire n'importe quoi sous prétexte qu'on arrivait en Pro League. L'équipe était bien en place et on lui a fait confiance. On a aussi profité du système du City Group. Deux joueurs sont arrivés en prêt de Manchester City et un de Troyes. Grâce à tous les clubs de la holding, on a un catalogue de joueurs immense.

LOMMEL, BELGIUM - AUGUST 23 : Players of KVC Westerlo and Lommel in front of the stadium during the Jupiler Pro League match between Lommel SK and KVC Westerlo on August 23, 2026 in Lommel, Belgium, 23/08/2026 ( Photo by Vincent Kalut / Photonews
Lommel aimerait augmenter la capacité de son stade prochainement. ©VKA

Comment cela se passe ? Vous regardez la réserve de Manchester et vous prenez qui vous voulez ?

Non, tout cela est décidé au cas par cas, selon l'évolution du joueur. La direction décide qui est prêt pour tel club à tel niveau. On entretient de très bons rapports avec les autres clubs du groupe, surtout ceux en Europe.

guillement

En tant que président, j'ai dû apprendre à me taire et à ne pas réclamer des changements pendant les matchs.

Vous avez votre mot à dire en tant que président ?

Non, ce n'est pas moi qui fais le recrutement, ni qui décide le nom de l'entraîneur. Il y a un directeur technique pour ça. Mais vu mon passé de joueur et de coach, il arrive évidemment qu'on me demande mon avis. Je suis un président qui laisse les gens se développer dans leur fonction.

Quand on a été entraîneur, ce n'est pas compliqué de rester à sa place ?

Là où j'ai le plus souffert, c'est pendant les matchs. Je les regardais encore avec les yeux d'un entraîneur. J'ai appris que je devais me taire et à ne pas réclamer des changements (rires). Je suis très heureux dans ma fonction de président. Je peux participer au développement du club de mon cœur sur le long terme, là où un coach voit uniquement le match du week-end.

Harm van Veldhoven viré par Westerlo

Vous êtes la caution "Lommel historique" du City Group mais sans le pouvoir d'un Bart Verhaeghe ou d'un Marc Coucke, ce n'est pas frustrant ?

Non, je sais que je suis le lien avec l'histoire du club, avec la ville et avec les supporters. Je connais ma place et ça me plaît d'être impliqué dans un projet qui grandit. On a construit un nouveau centre d'entraînement de haut niveau, on est remonté et maintenant, on commence à parler de l'agrandissement du stade. Contre Bruges, il y avait 10 000 spectateurs. À mon époque de joueur dans les années 90, on montait jusqu'à 13 000 pour les affiches parce que les normes de sécurité n'étaient pas les mêmes. On sait donc que le potentiel existe pour un peu plus de monde et on regarde comment on pourrait augmenter la capacité.

guillement

Le foot a changé, faire une équipe de D1 avec des gars du coin, ce n'est plus possible.

Lommel se déplace à l'Union, que vous avez affrontée en D2 jusqu'en 2021 et qui est aujourd'hui un des ténors de Pro League. C'est un exemple à suivre ?

Non, pas pour Lommel. Ce qu'on veut, c'est devenir un club stable de l'élite où les jeunes pourront se développer. On ne vise pas les titres. Cela n'empêche pas de se dire qu'on pourrait jouer l'Europe si tout se met bien en place une saison mais ce n'est pas l'ambition première. Manchester City est au sommet de la pyramide. On connaît notre place et notre rôle dans le groupe.

Ce n'est pas un discours très passionnant pour les supporters de Lommel.

Quand le City Group est arrivé et qu'on n'est pas monté directement malgré les investissements, il y a eu des discours négatifs parmi les supporters. Je les connais bien et je sais qu'ils étaient déçus. Mais la donne a changé aujourd'hui. On est remonté et ils voient que le club se structure à tous les niveaux. Quand on est supporter d'un club en 2026, il faut comprendre que le football a changé. Faire une équipe avec des gars de la région et monter en D1, ce n'est plus possible comme à mon époque. Nos fans l'ont bien compris. Ils savent aussi que Lommel ne pourrait pas vivre à ce niveau sans le City Group. On ne se rend pas compte à quel point les coûts sont énormes pour un club pro.

*Manchester City (Angleterre), New York City (États-Unis), Girona (Espagne), Troyes (France), Palerme (Italie), Melbourne City (Australie), Yokohama Marinos (Japon), Montevideo City (Uruguay), Sichuan Jiuniu (Chine), Mumbai City (Inde), Bahia (Brésil), Istanbul Basaksehir (Turquie)

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