À Huy, Fabienne Goodts peint une fresque en 4 parties sur l'immigration italienne: "J'ai essayé de montrer les problématiques du passé et du présent"

En 1946, le protocole belgo-italien, aussi appelé "l'accord charbon" était signé. Le principe était simple: l'Italie fournissait des ouvriers à la Belgique pendant que les Belges, eux, s'engageaient à envoyer 200 kg de charbon par jour et par mineur aux Italiens. Dans la réalité des faits, ce ne sont pas moins de 75 000 migrants venus d'Italie qui ont transité vers le plat pays entre 1946 et 1948. Cette période, synonyme de travail dans des conditions extrêmement précaires pour les mineurs, est l'origine de l'énorme mouvement migratoire ayant vu débarquer durablement en Belgique des milliers de familles italiennes.

Quantre-vingts ans après cet accord, la Ville de Huy s'apprête à rendre hommage à ces mineurs, parmi lesquels nombreux sont ceux ayant vu leur santé détériorée drastiquement par les conditions de travail ou ayant sué jusqu'à l'épuisement. Une fresque, construite en quatre images distinctes par l'artiste hutoise Fabienne Loodts, sera inaugurée sur la place des Italiens le 29 août prochain. Elle remplacera le triptyque de Roberto Alonzi installé en 1996 et est issue d'un véritable travail de recherche.

"La Ville a proposé de réaliser une œuvre en quatre tableaux, rappelle Fabienne Loodts. Pour aborder cette thématique, j'ai lu beaucoup de choses sur l'immigration italienne, et pour ma fresque, je m'appuie principalement sur l'ouvrage d'Anne Morelli, intitulé "Recherches nouvelles sur l'immigration italienne". J'ai pu discuter avec des personnes issues de cette immigration et notamment avec mon mari, sicilien."

Une fresque chronologique

Les trois premières images de cette gigantesque fresque réalisée par l'artiste hutoise sont agencées de façon chronologique. La première évoque les raisons pour lesquelles les Italiens ont voulu immigrer dans l'histoire. Ce tableau parle de famine, de l'impossibilité de cultiver, de la pauvreté, des communistes ayant fui le régime fasciste de Mussolini ou encore du dégoût de la mafia. "J'ai essayé de montrer les problématiques du passé et du présent. J'ai aussi voulu représenter comment les gens imaginaient leur future vie avant d'avoir immigré. Cette partie traite de migrations datant d'avant l'accord de 1946, ça commence au XIXe siècle avec le déplacement massif d'Italiens vers l'Amérique. Ensuite je représente les années 50, 60, 70."

Le second tableau traite quant à lui des souffrances que l'immigration occasionne. L'abandon de sa famille, de ses amis, le fait de tout quitter pour se rendre dans un pays où l'on ne connaît rien. Dans cette continuité, la troisième partie de la fresque raconte l'arrivée de ces migrants sur le sol belge. "J'ai essayé de dépeindre leurs conditions de travail dans les mines des années 50 ou dans la sidérurgie des années 70. Dans les deux premiers panneaux, les Italiens idéalisaient leur arrivée mais le troisième est plus réaliste."

"Nous sommes tous des migrants"

Le quatrième et dernier morceau de l'œuvre de Fabienne Goodts est plus général et traite l'immigration dans sa globalité. "L'idée, c'est que nous sommes tous des migrants, insiste l'artiste. On l'a peut-être été dans l'histoire ou on le sera un jour. L'objectif est de montrer qu'il faudrait plus de tolérance vis-à-vis de l'immigration. Tout le monde bouge, c'est le propre de l'être humain et ça se fait pour plein de raisons."

Le 29 août aura donc un goût particulier pour l'artiste qui, à ce jour, n'a jamais réellement vu sa fresque complète. Jusque-là, elle s'est attelée à peindre le tout partie par partie, dans une salle mise à disposition par la Ville de Huy. Les panneaux, constitués eux-mêmes de quatre morceaux à assembler, étaient montés dans la pièce avant d'être démontés et remplacés par les suivants. Fabienne Goodts découvrira, en même temps que tout le monde, le fruit de son travail sur la place des Italiens.

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