À choisir, quel taux d’imposition accepteriez-vous sur vos revenus ? - RTBF Actus
À l’heure où le gouvernement cherche 10 milliards d’euros, de très nombreuses voix, notamment dans le milieu économique, mais aussi de la part des plus grandes fortunes, pointent la solution d’une grande réforme fiscale.
Dans tous les milieux, les Belges ont souvent tendance à parler d’impôt trop haut quand il s’agit de leurs salaires, ou trop bas quand on parle des grandes fortunes. Mais trop haut ou trop bas par rapport à quoi ? Laurence Pinte appelle donc à un grand débat de société préalable à cette réforme fiscale : quel taux d’imposition est acceptable ?
En effet, tout le monde se plaint d’être trop taxé. Or, objectivement, si l’impôt belge sur le travail est important, il existe de très nombreuses niches et de façons de réduire sa fiche d’impôt. Pour la fiscaliste, l’important est donc d’obtenir l’adhésion de la population pour rappeler à quoi sert l’impôt et déterminer collectivement ce qu’est un taux d’imposition acceptable.
Quels revenus doivent être taxés ?
Deuxième question importante à faire surgir dans le débat fiscal : que taxe-t-on ?
Le système d’imposition actuel repose majoritairement sur les revenus du travail, et globalement sur les revenus entrants dans le patrimoine de la personne physique. En effet, tous les types de revenus ne sont pas soumis à la progressivité de l’impôt. "Quand vous percevez des revenus immobiliers, très souvent, vous allez être soumis à ces taux, mais pas sur les revenus réels que vous percevez. Donc, in fine, vous payerez un impôt beaucoup plus faible que si vous aviez eu le même montant comme revenu du travail. Si vous avez des revenus qui proviennent de vos investissements, des revenus du capital, vous allez totalement échapper à la progressivité. Vous serez soumis à un taux qui sera fixe", explique Edoardo Traversa.
Faire reposer la majorité des recettes de l’État issues des impôts, sur les revenus liés au travail, n’est donc pas un modèle immuable. Ce qu’on détermine comme un revenu et ce qui entre dans le champ de la taxation doit aussi être débattu collectivement.
Pourquoi revoir notre système fiscal ?
On le sait, les tentatives de réforme de notre système fiscal se sont souvent soldées par des échecs politiques. Alors est-ce vraiment nécessaire d’entamer de nouvelles discussions complexes à ce sujet ? Faut-il vraiment réformer notre système actuel ? "Oui !" répondent conjointement Laurence Pinte et Edoardo Traversa. Nos invités pointent trois problèmes principaux dans le système actuel.
- Le manque de progressivité de l’impôt
Selon Laurence Pinte, actuellement la progressivité de l’impôt n’existe plus en Belgique. Si on prend l’image de l’escalier, nous disposons d’un escalier avec uniquement trois marches, qui sont bien trop petites. La responsable de la fiscalité chez ING souhaiterait ajouter plus de marches, donc plus de paliers différents, dans les taux d’imposition : "On est trop vite taxé à des tranches trop élevées. Et le problème que ça cause, c’est que tant qu’on n’a pas remédié à ce taux, toutes les niches qui ont pour objectif de faire en sorte qu’il y ait des tas de petites choses qui sortent de ce mécanisme, on ne va rien savoir y faire parce qu’elles ont été créées pour répondre à un besoin".
Nos invités plaident donc pour plus de paliers et de taux différents dans notre système d’imposition.
- L’incompréhension et le manque de transparence
Aujourd’hui, le système fiscal est illisible, même pour les professionnels. Difficile donc de consentir à un impôt si on ne comprend pas son fonctionnement. Cela rend aussi les comparaisons très compliquées. Car pour connaître le niveau de taxation d’un type de situation, il faut souvent cumuler plusieurs impôts pour avoir une réponse. Laurence Pinte pointe en particulier cette nébulosité au niveau de la fiscalité du capital, du précompte mobilier, etc.
- Les réformes successives qui ont vidé le système de sa substance
Si lors de la création du système fiscal actuel, en 1962, l’objectif était d’avoir un système de taxation global sur tous les revenus, la pratique nous dit le contraire. Par des réformes successives, on a abouti à une série de régimes particuliers dont on ne comprend plus vraiment la pertinence souligne Edoardo Traversa : "Par rapport à la cohérence de l’ensemble, beaucoup de ces régimes ne se justifient pas".
À l’heure où notre pays doit se trouver de nouvelles sources de recettes, revoir la fiscalité paraît donc indispensable.
► Comprenez mieux le déficit belge en écoutant l’entièreté du podcast des Clés ci-dessus ou sur Auvio.