À Bruxelles, les enfants cyclistes n'existent (presque) pas

À Bruxelles, les enfants ne représentent qu'une minorité des cyclistes recensés. Si le nombre global de ces cyclistes est en hausse constante, la proportion d'enfants parmi eux reste très faible : 1,32 %, rapporte Kidical Mass, une association qui organise des parades festives à vélo pour les enfants dans les grandes villes du pays. Ces chiffres viennent de l'observatoire du vélo, un rapport publié annuellement en reprenant les statistiques d'utilisation du vélo dans la capitale. "Lorsque l'on sait que 22 % de la population bruxelloise sont des mineurs, on remarque qu'il y a peu d'enfants qui prennent le vélo", détaille Leticia Sere, fondatrice et coordinatrice de Kidical Mass. Cette dernière souhaite encourager davantage de familles à circuler à vélo, de manière autonome dès l'âge de 10 ans, environ. "Plus jeunes, les enfants n'ont pas encore une bonne évaluation des dangers potentiels."

"Notons que ces données prennent en compte l'ensemble des trajets à vélo. Sur le seul trajet domicile-école, 6 % des déplacements des enfants se font à vélo, précise Bruxelles Mobilité. L'organisme relève par ailleurs que 15 % des vélos observés dans la capitale (hors trajet domicile-école) sont des vélos-cargos ou 'long tail', équipés d'un porte-bagages arrière pour transporter des enfants ; en 2025, 22 % des cyclistes observés étaient en outre équipés d'un siège enfant.

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Infrastructures insuffisantes

Pour l'association Kidical Mass, le plus gros frein à l'utilisation du vélo pour les enfants se situe au niveau des infrastructures. "Il y a souvent des pistes cyclables qui sont discontinues et qui ne permettent pas de mener à bien un trajet", détaille Leticia Sere.

"Bruxelles mobilité travaille activement à la réalisation d'une action importante du Plan d'action sécurité routière, à savoir la sécurisation des abords d'école", annonçait le service public bruxellois début de semaine. Depuis 2024, une dizaine de projets ont ainsi été menés pour sécuriser les abords des écoles, notamment en améliorant la visibilité de l'établissement ou en limitant la vitesse autour de l'école.

Si ces mesures sont bienvenues, affirme Leticia Sere, elles ne permettent pas de résoudre complètement le problème. "Malgré ces aménagements, il arrive toujours que des segments du trajet soient mal aménagés. Pour un enfant, dès le moment où il n'y a plus de piste cyclable et un carrefour dangereux, cela enlève directement la possibilité de se déplacer. Là ou pour un adulte cela reste faisable même si c'est désagréable".

Outre les pistes cyclables, d'autres infrastructures urbaines sont facilement utilisables pour les adultes, mais beaucoup moins pour les enfants. "Certains feux de signalisation, par exemple, sont pensés à hauteur d'adulte. Un enfant peut aussi percevoir un feu vert sans réaliser qu'il doit encore rester attentif à des voitures qui tournent ou à d'autres véhicules. Ce n'est pas évident à gérer."

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Un apprentissage

Si la fondatrice de Kidical Mass insiste tant sur la possibilité pour les enfants de circuler à vélo de manière autonome c'est parce que cela a également un effet bénéfique sur leur développement, affirme-t-elle. "Cela permet aux enfants de développer leur vision du monde. Lorsque l'un d'entre eux effectue un trajet d'un point A vers un point B, il ne le fait pas toujours aussi efficacement qu'un adulte, il observe, il flâne, il voit un écureuil ou une affiche colorée. Une étude a pu montrer, en proposant à des enfants de dessiner leur trajet vers l'école, que ceux qui s'y rendaient en voiture ne dessinaient que l'intérieur du véhicule. Ceux qui s'y rendaient à vélo dessinaient plutôt l'expérience de leur trajet".

Encourager davantage de parents à laisser leurs enfants circuler à vélo n'imposerait pas, à ses yeux, d'importants travaux. "Lorsque des infrastructures sont modernisées, il serait intéressant d'adapter celles-ci aux enfants, comme le fait la Flandre." Leticia Sere évoque également le réaménagement des pistes cyclables dans certaines zones très fréquentées, ou la création de réseaux adaptés aux deux roues pour éviter les interruptions de pistes cyclables. "Il ne s'agit pas de révolutionner la circulation en ville mais simplement de mieux organiser le trafic en voiture pour permettre de se déplacer à vélo sereinement", conclut Leticia Sere.

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