À 62 ans, Zazie revient avec un nouvel album et un nouveau look: "Le blanc, c'est une couleur aussi, ce n'est pas que la couleur de la vieillesse"

L'ex-coach de "The Voice" est de retour sur TF1 ce samedi soir. Elle participe à la "Star Academy" en marge de la sortie de son nouvel album "Volatil". Sans "e" car un point c'est tout, un point c'est elle : une chanteuse engagée ("nos jeunes ont un mal-être profond") comme on a pu le constater lors de notre entretien.

"Vous êtes assez absurde comme peuple, j'aime bien ça"

"Je n'ai pas d'adresse favorite en Belgique, ce sont plutôt les salles de concert mes références", nous confie d'emblée Zazie, qui sera de retour sur scène le 8 octobre 2027 à Forest National (son bassiste est belge). "En revanche, et je ne pourrais pas vous dire ça de tous les pays dans lesquels je suis allée, c'est le pays où je préfère les gens. Je retiens les gens plutôt que les lieux."

La chanteuse de 62 ans, qui avait sorti un titre "Waterloo", confesse toutefois adorer la Belgique pour sa BD. "Vous êtes assez absurde comme peuple, j'aime bien ça. De temps en temps, j'ai l'impression d'être un peu seule, d'entrer en absurdie en deux secondes, dans mon surréalisme. Et je trouve un écho, là, avec beaucoup de gentillesse."

Isabelle de Truchis de Varennes, de son vrai nom, explique alors son ressenti. "C'est d'ailleurs un autre truc dont j'ai pu souffrir quand j'étais enfant et parisienne. Je venais de la banlieue puis j'ai déboulé dans une espèce de lycée qui se la pétait, où on regardait mes vêtements, etc. Je n'avais pas les codes et j'ai souffert de ça. J'avais l'impression que l'intelligence devait être avec la méchanceté. Une espèce de truc un peu cliché. Et quand je suis arrivée en Belgique, je me suis dit qu'on pouvait être intelligent et gentil, fromage et dessert. Je ne me sentais plus seule."

Zazie - Une ordonnance (Audio Officiel) - YouTube thumbnail

Notre pays vous inspire donc ?

"Oui, complètement. J'ai trouvé vraiment une adéquation, sans connaître parfaitement la culture, tout à fait réelle sur l'inventivité et la créativité. Peut-être aussi parce que c'est un petit pays où il y a eu des soucis. Donc, il fallait faire plusieurs métiers en même temps. Mais aussi, évidemment, sur la culture musicale. Parce qu'elle est diverse. Elle est aussi anglo-saxonne. Mais elle est orale, d'où l'ambiance en concert dont on vante les mérites."

Tout comme votre nouveau look ! D'où vous est venue cette idée ?

"Ah ben… de l'âge (rire) ! J'ai une mèche blanche un peu plus blanche encore que les autres. Les cheveux blancs sont arrivés depuis que j'ai eu 32-33 ans. Assez vite. J'ai eu un accident de voiture où il ne m'était trop rien arrivé. Mais j'avais eu très peur. Un petit coup du lapin, bête et méchant. Et du jour au lendemain, ils sont arrivés. Il y a eu une dépigmentation à un endroit. Et puis, récemment, le Covid aidant, n'ayant pas tous mes petits produits avec moi et ayant les cheveux qui poussent assez vite, j'ai un peu observé ça en me disant… pas sûr d'être complètement prête. C'est ma fille qui m'a convaincue. Je me sentais bien de le prendre aussi comme une mission personnelle de me dire : je vais faire mon âge. Et ce n'est pas grave… Je me suis dit : on va se débarrasser de ce truc-là une bonne fois pour toutes. Comme on est très surexposé aussi comme artiste… si cela peut aider deux ou trois femmes. Le blanc, c'est une couleur aussi, ce n'est pas que la couleur de la vieillesse."

"Oui, il y a de la violence chez nos jeunes mais quand on n'est pas écouté, au bout d'un moment, il faut mettre un peu le poing sur la table."

Et une belle initiative de la part d'une ex-mannequin, à l'heure du retour à la maigreur de la mode…

"Oui c'est vrai… une image peut-être un peu moins lissée. Alors peut-être aussi que ça prend du temps à le digérer pour les autres. Il faut être un peu pédagogue. Mais je me sens bien comme ça. C'est à prendre ou à laisser. Mais je n'oblige pas tout le monde à adouber ni ma couleur, ni ma coupe. En tout cas, je me sens beaucoup plus à l'aise maintenant. J'ai retrouvé la longueur. J'aime bien avoir les cheveux longs. Il y a un truc très moderne dedans qui me rappelle aussi ce que j'aimais bien dans les années 70, ce côté un peu pop."

Nouveau look, nouvel album, nouvelle Zazie ? "Volatil" étant de loin votre disque le plus engagé (au point d'avoir dû aussi porter plainte pour usurpation d'identité cet été).

"Il y a toujours eu cette forme d'engagement… mais ici, beaucoup pensent en effet que je suis énervée (sourire). Mais est-ce que c'est moi ou est-ce que c'est la société ? Est-ce qu'on n'a plus l'habitude, peut-être, d'avoir des artistes avec ce franc-parler ? Parce qu'ils ont peur… Mais j'aime être honnête. Quand je sens que le monde est un peu instable et que ça me questionne sur mon propre équilibre, au niveau du vivre ensemble, alors je fonce."

On le ressent dans les paroles de vos chansons avec "ce monde qui part de travers" ; "On tourne en rond" ; et fait écho aux mouvements des étudiants actuels…

"Cela me parle parce que ce sont les adultes de demain. Et nous, les fameux boomers, où on nous a demandé d'être individualistes, on en a bien profité, merci. Nos parents avaient été un peu au charbon avant. Et là, on se retrouve avec des mini-générations qui héritent de notre gentil individualisme… pour rester polie. Surtout que le malaise est beaucoup plus générique que juste le fait qu'il manque des profs. C'est un mal-être profond. Alors oui, il y a de la violence mais quand on n'est pas écouté, au bout d'un moment, il faut mettre un peu le poing sur la table. C'est un peu la pagaille. Ce sont des jeunes aussi, donc il est normal qu'ils n'aient pas non plus tous les codes. Il faut quand même écouter ce mal-être et en prendre acte, ne serait-ce que pour trouver, pas forcément d'une politique mais une tendresse, un regard vers le respect."

Une société qui ne s'écoute plus, comme l'évoque votre titre "Tête en l'air", et qui ne sort plus des écrans.

"Le nombre de fois où on est face à quelqu'un qui n'écoute pas... Cela peut m'arriver à moi aussi. On a l'impression de faire un monologue à plusieurs têtes mais pas du tout. C'est con parce qu'avoir peur de l'autre, sans l'écouter, je trouve ça aberrant. Bien sûr, il y a des choses qui sont effrayantes quand on ne connaît pas, quand on n'est pas en connaissance de cause. Mais l'altérité, c'est justement ça qui est marrant. Si on est tous les mêmes, on va s'emmerder mais d'une puissance ! Dès qu'on ne pense pas comme il faut penser dans cette société, on devient vite un ovni."

Comme les présidentielles arrivent… Zazie candidate ?

"Houlala, non ! Comme je l'ai dit à Quotidien, je démissionne immédiatement (rire) ! Je peux me faire entendre mais pas comme ça. Je préfère être le fou du roi qui agite la clochette en disant : attention. L'impressionniste, le peintre de la société plutôt que celui qui a une solution. Sincèrement, je n'aimerais pas être à leur place non plus. Même si, de temps en temps, je trouve qu'ils sont un peu hors sol, tous nos dirigeants, je n'aimerais pas être à leur place. On n'a pas de solution miracle. En revanche, dites-moi le nombre d'endroits où on peut vivre ensemble sans se foutre sur la figure en ne croyant pas la même chose, en n'ayant pas les mêmes revenus, en n'ayant pas la même couleur, en ne votant pas pareil, que dans une salle de concert. Ça devient tellement miraculeux. Les gens ont besoin de ce vivre ensemble, de s'ébrouer un peu et de regarder les autres. Mais ça ne dure que deux heures. C'est tellement rare que je trouve que ça devient important."

"Ce qui me fait peur, c'est l'absence du vivre ensemble. Et, particulièrement en France, c'est toujours un peu la faute des autres."

Le monde de demain vous fait-il peur ?

"Il me questionne. Est-ce que ça me fait peur ? J'aimerais vous dire que non. Ce qui me fait peur, c'est l'absence du vivre ensemble. Et, particulièrement en France, c'est toujours un peu la faute des autres. Je mesure que j'ai évidemment beaucoup de privilèges. Je n'ai pas du tout la même vie que les gens qui, le 5 du mois, sont déjà dans le rouge. Mais de voir et parler avec ces gens-là après mes concerts de temps en temps, ce sont des choses très simples qui nous unissent. Ce n'est pas le nombre de canapés ou de voitures qu'on a. C'est ça qui m'interroge. Comment est-ce qu'on peut retrouver le chemin de choses très simples qui nous unissent plutôt que la peur des autres. Parce que c'est ça, les extrémistes. C'est jongler sur la colère et la récupérer."

Vous avez en plus été très proche des attentats de Paris en 2015…

"On peut sentir une certaine violence monter, mais être témoin d'une scène de guerre comme celle-là… passer 7 secondes après et se dire : super loterie, merci. C'est aberrant. Avoir besoin, quand on est parisienne et qu'on va chercher sa fille à l'école de cirque, de se retrouver dans ce genre de situation… Et en même temps, c'est pas mal, parce qu'on voit aussi qu'il y a beaucoup de gens dans le monde qui doivent se servir de cette survie. Moi, je ne suis pas dans la survie, je cherche le lien pour parler des autres et pour parler aux autres dans une langue qui pourrait être encore commune entre eux et moi : la musique."


"Nostalgie", un morceau sur la grave maladie de sa maman

Zazie, qui vient de perdre son papa, a aussi écrit une chanson touchante sur la maladie d'Alzheimer de sa maman.

Zazie - La nostalgie (Audio Officiel) - YouTube thumbnail

"On n'est pas prêt à ça", nous confesse-t-elle. "Mettre des mots dessus ne va pas régler l'affaire. Je ne suis pas médecin mais ça fait du bien d'en parler, on a le droit d'être fragile. Je fournis aussi la matière première pour que les gens puissent pleurer un bon coup. Ou danser. Ils ont le choix."

La chanteuse explique son choix. "J'accepte de faire une chanson qui part d'un trouble neurologique majeur d'un de mes parents parce que je pars de l'intime pour aller vers un truc qui me fait question sur un sujet. Je vieillis aussi. Peut-être que ça me pose plus de questions parce que je le vis. Mais on est aussi une population qui, franchement, fait moins d'enfants. Et, de manière générique, il y a plus de vieux. Qu'est-ce qu'on en fait de ces gens fragiles mais en même temps qui ont un savoir, une expérience folle ? Qu'est-ce qu'on fait de leur peur quand on la voit dans leurs yeux ? Qu'est-ce qu'on fait de l'oubli quand on le voit dans les yeux aussi ? Ce n'est pas dramatique, mais c'est intéressant d'en parler en musique."

Zazie - Peu Importe (Clip Officiel) - YouTube thumbnailZazie - La même histoire (Clip Officiel) - YouTube thumbnail

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