530 milliards d’euros de plus pour la guerre: “Un tiers des dépenses publiques russes est consacré à l’armée”
La Russie prévoit de consacrer un montant record à la défense au cours des prochaines années. Selon des documents budgétaires dont l’agence de presse Reuters a pu prendre connaissance, le Kremlin entend consacrer pas moins de 530 milliards d’euros à l’armée et à l’industrie de l’armement au cours des trois prochaines années. Cela représente plus d’un tiers de l’ensemble des dépenses publiques. À titre de comparaison, notre pays consacre actuellement 3,44 % de son PIB à la défense.
Sven Van Malderen
Source: HLN
2 octobre 2026, 19:12
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En 2027, l’équivalent de 180 milliards d’euros devrait être consacré aux dépenses militaires russes, soit 27 % de plus que cette année, ce qui constitue une injection sans précédent.
La sécurité nationale — qui comprend notamment la police, la Garde nationale et les services de sécurité — prend elle aussi une part de plus en plus importante du budget. Avec ces investissements massifs, le président Vladimir Poutine semble préparer la Russie à une confrontation prolongée avec l’Occident.
Santé, enseignement et pensions fondent
L’augmentation des dépenses militaires se fait au détriment d’autres secteurs. Ainsi, la part du budget consacrée aux soins de santé est passée de 38 % avant 2022 à 25 % aujourd’hui. Dans certaines régions, c’est plus d’un tiers de l’argent consacré aux soins de santé qui a disparu.
Le gouvernement réduit également de 7 % les dépenses consacrées à l’enseignement, aux infrastructures et aux prestations sociales. L’année prochaine, moins d’argent sera notamment disponible pour les traitements contre le cancer, les allocations de maternité et les pensions. La plupart des retraités russes ne disposent déjà pas de revenus suffisants pour joindre les deux bouts.
Un avenir économique hypothéqué
Cette orientation du budget risque de mettre davantage l’économie russe sous pression, avec une hausse de l’endettement, des impôts plus élevés et une inflation croissante. “Le Kremlin met en jeu l’avenir économique de la Russie pour pouvoir financer ses ambitions géopolitiques”, résume Alexander Kolyandr, du cabinet de conseil Eurasia Group.
Le chercheur Janis Kluge, du German Institute for International and Security Affairs, estime que la Russie a déjà dépensé plus de 470 milliards d’euros pour la guerre depuis 2022. Avec cette somme, les dépenses de santé du pays auraient pu être financées pendant vingt ans.
Dans le même temps, le Kremlin investit près de 23,5 milliards d’euros dans la recherche sur les technologies permettant de prolonger la vie, notamment la thérapie génique. Poutine, qui fêtera ses 74 ans la semaine prochaine, en avait également parlé l’an dernier avec le président chinois Xi Jinping.
Aucune volonté de paix
On ne constate guère de volonté de parvenir à une paix de sa part. Poutine continue de qualifier le soutien occidental à l’Ukraine d’escalade dangereuse. Au début du mois, il a encore qualifié les pays occidentaux de “requins de l’impérialisme” et les a avertis qu’ils “se casseraient les dents” s’ils tentaient de “détruire la Russie”. Ce jeudi encore, il a également donné son avis sans détour sur la proposition visant à mettre réciproquement fin aux frappes à longue distance. “Tout simplement ridicule”, a-t-il déclaré.
Dans le même temps, la pression militaire s’intensifie et les projectiles pleuvent sur Kiev. Selon un conseiller du président Volodymyr Zelensky, un drone équipé d’une ogive capable de trancher des pylônes électriques à haute tension et des structures de ponts en acier aurait été utilisé pour la première fois mercredi. Cette découverte ravive les craintes d’une nouvelle campagne hivernale impitoyable visant les infrastructures énergétiques ukrainiennes.
Pénurie d’acier
Selon des entreprises ukrainiennes, l’industrie lourde est, elle aussi, de plus en plus sous pression. Ainsi, aucune production d’acier n’a eu lieu en Ukraine pendant toute une semaine en septembre. Une telle situation ne s’était plus produite depuis un siècle.
Autre signe peu encourageant: cette semaine, Poutine a décidé d’augmenter une nouvelle fois le nombre de militaires en activité, pour le porter à plus de 1,55 million. Il s’agit déjà de la quatrième augmentation depuis le début de l’année. Actuellement, environ 700.000 militaires russes se trouvent déployés en Ukraine, et de nombreux Russes craignent une nouvelle mobilisation massive des réservistes.
Poutine a d’ores et déjà qualifié le résultat des récentes élections législatives de “preuve que la population russe soutient la guerre”. Le seul parti affichant un programme clairement opposé à la guerre avait toutefois été exclu du scrutin avant les élections.