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  • 2026-07-30 17:29:00 +0000 UTC

    Jul 30, 2026

    Santé | 35 % plus cher pour réaliser une opération au privé

    Une opération chirurgicale réalisée en clinique privée coûterait en moyenne 35 % plus cher que son équivalent dans le réseau public, selon une analyse produite l’an dernier par l’ancien ministre de la Santé Christian Dubé et son ministère.

    Ce calcul figure dans un mémoire confidentiel soumis au Conseil des ministres le 8 juillet 2025, dont Le Devoir a obtenu copie. Le document analysait les conséquences du règlement visant à réduire les délais d’attente pour une opération en recourant dans certains cas aux cliniques privées.

    Le calcul de 35 % prenait en compte des frais fixes administratifs et de soutien de 10 % (ressources humaines, approvisionnement, finances, informatique, etc.). Un autre 15 % découlait des « frais reliés directement aux infrastructures et équipements » auxquels s’ajoutait une marge de profit estimée à 10 %.

    À titre d’exemple, le coût moyen d’une chirurgie en plastie était estimé à 2661 $ au public et à 3593 $ dans une clinique privée. En orthopédie, l’écart est similaire avec une facture passant de 6033 $ à 8145 $.

    Le ministre jugeait malgré tout que le recours aux cliniques privées en valait la peine pour améliorer les services offerts. « Les prestataires privés contribueront à une meilleure intégration dans le système de santé global, tout en offrant aux usagers une diversité d’options pour leurs soins, ce qui aidera à réduire les délais d’attente et à améliorer l’efficacité générale des services de santé. »

    Christian Dubé avançait en outre que les coûts additionnels découlant du recours aux cliniques privées allaient être compensés par de nouvelles méthodes de gestion des listes d’attente dans le réseau public.

    Peu après la présentation de ce document, le gouvernement a adopté un règlement permettant le recours aux cliniques privées à compter du printemps 2025 pour les personnes en attente depuis plus d’un an. Or, comme l’a révélé Le Devoir récemment, aucune opération chirurgicale n’a été transférée dans ces cliniques depuis. Santé Québec est encore en analyse des propositions qu’elle a reçues en mai dans le cadre de son appel d’offres.

    La société d’État a aussi révélé qu’elle comptait seulement transférer 10 % des chirurgies en attente aux cliniques privées, soit environ 300 parmi les 3641 en attente depuis plus d’un an. Elle pense ainsi pouvoir faire fondre de moitié la liste d’attente en chirurgie au cours des prochains mois sans transférer de patients aux cliniques privées dans la grande majorité des cas.

    Trois d’offres en chirurgie

    En fait, le nouveau système d’attente pour les opérations chirurgicales se décline désormais en trois étapes ou « offres » dans le jargon de Santé Québec. La première « offre » consiste à faire l’opération dans le système public normal.

    Si l’attente s’étire, une deuxième offre est soumise aux patients. On leur donne alors la possibilité de se faire opérer dans un autre hôpital à proximité du leur ou encore dans un centre médical spécialisé (CMS) dit « participant », soit une clinique privée dont 100 % des patients sont redirigés par le système public.

    Après un an d’attente, une troisième offre s’ajoutera : se faire opérer dans une clinique privée « non participante » dont la clientèle doit normalement débourser pour ses services. C’est dans cette catégorie qu’on estime transférer environ 300 patients cette année.

    Ces révélations ont suscité une série de réactions ces derniers jours. L’Institut économique de Montréal (IEDM) estime que le gouvernement devrait aller plus loin dans son ouverture au privé. « La garantie de traitement est pourtant un modèle éprouvé. En Suède, par exemple, les patients qui attendent plus de 90 jours pour recevoir des soins ont le droit d’être traités au privé, aux frais de l’établissement de santé ayant dépassé les délais prescrits », fait valoir son vice-président aux communications, Renaud Brossard.

    Questionné sur la facture supplémentaire de 35 %, M. Brossard répond que « l’attente a un coût » et que le patient qui attend « consulte plus souvent », « prend des médicaments » et « risque de se retrouver plus souvent à l’urgence devant des risques de complications ».

    À l’inverse, Québec solidaire salue la volonté de Santé Québec de résorber la liste d’attente en limitant le recours au privé. « Pendant 8 ans, la CAQ a priorisé le tout au privé en santé, au détriment du réseau public […] alors qu’ils avaient totalement les moyens de le faire autrement », a réagi le porte-parole de QS en santé, Guillaume Cliche-Rivard. « Quand on donne les moyens à notre réseau public, on est capables de faire de grandes choses. »

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