30 à 50 % de pertes estimées pour certains vergers de Wallonie picarde: "La solution est de se diversifier"
Les cagettes de pommes et de poires remplissent déjà les allées des vergers de Brunehaut. Une image qui aurait semblé inhabituelle il y a encore quelques décennies, mais sur les quatre des cinq dernières années, les récoltes ont commencé bien plus tôt qu'auparavant. "Avant, la cueillette des poires se faisait en septembre et celle des pommes en octobre. Maintenant, la norme, c'est juillet pour les pommes et août pour les poires. Pour mes parents, c'est inimaginable. Avec l'hiver qui devient doux, la floraison est hâtive. On a parfois des risques de gelées au printemps. Tout est décalé en fait", explique Sébastien Dewaele, troisième génération d'arboriculteurs à Rongy.
Si la précédente saison du fruit défendu était jugée comme "bonne", celle-ci sera moins abondante à cause des pertes engendrées par la chaleur et la sécheresse. Sur les 80 variétés plantées, la production de Sébastien sera réduite de 30 %. "Il y a trois facteurs principaux. D'abord, les chaleurs provoquent des coups de soleil sur les fruits et sur les feuilles des arbres qui sont brûlées. Il n'y a plus de photosynthèse, les arbres sont affaiblis. Les fruits jaunissent avant d'arriver à maturité. Ensuite, les arbres lâchent leurs fruits, donc ceux-ci tombent par terre. Puis, on a des fruits qui sont complètement bloqués, ils ne grossissent plus du tout".
Éviter le plein sud et certaines variétés
Bien pire que les fortes températures, il y a la sécheresse. "Les arbres souffrent très fort. Ils se dessèchent, donc il faut les arroser. Ce n'est pas évident étant donné qu'on n'a pas de système d'irrigation. On passe avec des cuves d'eau matin et soir depuis le 15 juin, surtout sur les jeunes arbres". Ce n'est pas la première fois que la famille Dewaele voit ses sols asséchés, mais "la situation s'aggrave".
Si bien que l'agencement des vergers est revu. La plantation des pommiers et poiriers ne se fait plus plein sud, mais plutôt est-ouest. "Il y a aussi une sélection dans les variétés, parce que les Reinettes ou les Cox orange sont normalement originaires du nord de l'Europe. Ce sont des fruits qui sont cuits et qui ne supportent pas des chaleurs importantes. On essaie de moins en planter pour favoriser des variétés plus résistantes".
Inquiétude pour les prochaines récoltes
Aux vergers du Grand Fresnoy à Celles, Quentin Dillies est également impacté par les conditions météo. "On voit beaucoup de dégâts, comme les pommes qui tombent ou qui ne grossissent pas". Cela dit, le producteur et le couple Janssens des plantations Beauregard à Silly se disent chanceux d'avoir des sols plus lourds. "Le type de sol joue un rôle majeur. La sécheresse a plus de répercussions sur un sol léger". Le Cellois n'a pas besoin d'arroser les plantations plus vieilles. "Une fois passé 5-6 ans, je ne dois plus le faire, même s'il fait sec. Les fruits vont tomber, mais les arbres ne mourront pas. Par contre, pour les jeunes arbres qui ont été plantés l'hiver, je n'ai pas le choix. Il leur faut de l'eau". Ingrid Janssens rejoint son homologue : "C'est vrai que les jeunes plants ont besoin de plus d'attention, mais chez nous, les arbres n'ont pas trop souffert. Ils sont plantés dans des terres argileuses extrêmement lourdes gardant assez longtemps leur humidité grâce à des racines profondes. Parfois, on peut voir les feuilles un peu recroquevillées, mais pas le fruit lui-même".
Les premières cueillettes sont "correctes" pour ces deux vergers, mais les arboriculteurs s'inquiètent quant à la récolte de septembre. "Les pommes ont vraiment besoin de se gorger d'eau et de gonfler. Si elles arrêtent leur maturation, il n'y a pas de production d'amidon et donc, elles sont moins sucrées. En général, ce qui fait mûrir les pommes d'automne, c'est le froid", indique Quentin. Il estime que sa perte sera de moitié, mais la chaleur n'est pas le seul élément. "On a eu trop chaud en février, ce qui a fait que les insectes se sont proliférés plus tôt. Il y a eu des dégâts au niveau de la floraison, notamment à cause d'une bête qui mange le pollen des fleurs. Celles-ci ne s'ouvrent jamais. Après, on a eu une période de grêles et de vent". À Silly, on ne se projette pas encore dans une année moins abondante. "C'est trop tôt pour le dire. On est un petit verger de 3 hectares".
Des abricots, pas pour tout le monde
Pour compléter le panier de fruits, les vergers de Brunehaut et du Grand Fresnoy ont également misé sur d'autres haies fruitières avec des prunes et des nachis à Rongy et des abricots et des cerises à Celles. Cette année, Sébastien Dewaele n'a pas pu cueillir d'abricots. "Les abricotiers ont fleuri très tôt et ont été grillés par les gelées. On a laissé faire la nature, mais ça n'a pas pris. L'année dernière, on avait eu une belle récolte, mais cette fois, rien du tout". A contrario, chez Quentin Dillies, c'est la première fois que les abricots sont bien sucrés. "On verra par la suite, mais ça a l'air prometteur".
Les cultures des Janssens ont, elles, produit des mirabelles, des groseilles et des cassis. "Il ne fallait pas tarder à les cueillir. On va bientôt récolter les prunes et les baies de sureau".
Le magasin des vergers de Brunehaut et de Silly est ouvert. Le Panier Fermier du Grand Fresnoy (succursale des vergers de Celles à Dottignies) reprendra du service le mardi 11 août, tandis que le magasin de la ferme le premier week-end de septembre.
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