2 films, 1 État : quand la violence américaine est absorbée par le spectacle - RTBF Actus

Nous traversons aujourd’hui le Tennessee d’est en ouest. De Nashville à Memphis, 340 kilomètres sur l’Interstate 40, surnommée Music Highway.

À Nashville, la musique country est partout : le Grand Ole Opry, le Ryman Auditorium, Music Row et les studios où ont enregistré Elvis Presley, Dolly Parton et Johnny Cash.

Pour comprendre cette ville, il faut revoir le film qui porte son nom : Nashville, de Robert Altman.

Le film sort en 1975. L’Amérique vient de perdre la guerre du Vietnam. Le scandale du Watergate a emporté Richard Nixon. Altman décide de raconter le Tennessee mais en réalité l’Amérique à travers cinq journées, une campagne présidentielle. Et surtout, vingt-quatre personnages.

Un film choral avec la violence en spectacle

Une vedette fragile, un patriarche de la country, une chanteuse plutôt médiocre. Et un mystérieux candidat à la présidence, Hal Phillip Walker, qui organise un grand rassemblement.

On ne voit jamais ce candidat. On entend seulement sa voix diffusée par des camionnettes. Il prétend parler au nom du peuple contre les élites et promet de bouleverser les institutions. En 1975, c’est une caricature. Aujourd’hui, cette rhétorique populiste paraît étrangement familière.

La scène finale se déroule devant le Parthénon de Nashville. Barbara Jean chante lorsqu’un homme lui tire dessus. La foule panique. Pourtant, presque immédiatement, une inconnue reprend la chanson It Don’t Worry Me : "Ça ne m’inquiète pas". Peu à peu, tout le public chante avec elle.

Le véritable sujet du film est là : une Amérique qui transforme instantanément la violence en spectacle, puis le spectacle en oubli collectif.

Erreur judiciaire fatale

Notre deuxième film est La Ligne verte, réalisé en 1999 par Frank Darabont, d’après Stephen King.

L’histoire se déroule en Louisiane en 1935, mais la prison de Cold Mountain est en réalité l’ancien pénitencier d’État du Tennessee.

Tom Hanks incarne Paul Edgecomb, gardien chef du couloir des condamnés à mort. Un jour arrive John Coffey, un homme noir immense. Un colosse condamné pour le meurtre de deux petites filles blanches. Que tout semble accuser.

Paul découvre finalement que Coffey est innocent. Mais la machine judiciaire est lancée et il ne parvient pas à l’arrêter.

La violence, pile et face

La peine de mort demeure légale dans 27 États américains. Au Tennessee, aucune exécution n’avait eu lieu depuis 2020 : elles avaient été suspendues après la découverte de graves irrégularités dans le contrôle des produits d’injection létale. Elles ont repris en 2025 après l’adoption d’un nouveau protocole au pentobarbital.

Mais le 30 septembre dernier, le monde entier a découvert l’existence de Christa Pike, seule femme incarcérée ici à Nashville, dans le couloir de la mort. Les bourreaux lui ont administré deux doses mortelles du produit. Et pourtant, elle a survécu. Le gouverneur républicain Bill Lee a suspendu les exécutions jusqu’à la fin de l’année et a ordonné une enquête.

De Nashville à La Ligne verte, le cinéma montre donc deux manières de ne pas regarder la violence. Dans un film, le spectacle la recouvre. Dans l’autre, la procédure la rend acceptable.

J’aimerais vous dire qu’on parlera demain d’un film plus joyeux. Mais nous serons dans le Mississipi. Je ne peux donc rien vous promettre. À demain.